21 juin 2024

Réfugiés

 

Le truc, c'est qu'être réfugié n'arrive pas seul.

C'est plutôt, 

Réfugié et déraciné.

Réfugié et défiguré.

Réfugié et veuf(ve).

Réfugié et orphelin(e).

Réfugié et déscolarisé.

Réfugié et sans amis.

Réfugié et affamé.

Réfugié et fatigué.

Mais quand même réfugié et survivant.

Sûrement un peu de tout ceci à la fois.

 

Mais sur les nouveaux papiers que tu reçois tout ça n'est pas marqué.

C'est marqué "Réfugié". Et bang.

Et sur ton passeport, non je me goure, t'as pas de passeport.

T'as un titre de voyage sur lequel il est marqué que tu peux aller partout sauf dans ton pays d'origine.

Ha-ha-ha. Comme si tu ne le savais pas.

C'est comme si tu devais aimer tout le monde sauf l'amour de ta vie.

Comme si tu pouvais. 

 

En voyage scolaire tes amis comparent leurs passeports et toi t'as un titre de voyage.

Mais tu t'en fiches car t'es en paix.

Et tu n'entends plus les bruits de la guerre.

 

Quel est le statut pour les sans espoirs?

Ceux à qui personne n'a jamais dit au revoir?

Et quand ils croient enfin voir la lueur du jour,

On peine tant à leur dire bonjour?

Ont-ils choisi leur chemin?

Ont-ils choisi ce destin? 

 

Réfugié c'est pas le mot juste.

Comme s'il s'agissait seulement de se déplacer d'un territoire à l'autre.

Le souci c'est le bagage lourd qu'on traîne avec soi, en espérant le poser quelque part.

Où? 

Sur un territoire géographique mais aussi sur le cœur celui qui voudra aider à porter ce poids.

Mais bon, on dit Réfugié.

Drôle de consensus.

 

Zaha Bo  Journée Internationale des Réfugiés, 20 Juin

 

08 juin 2024

Abolir notre peine de mourir.


Une des plus belles avancées de l’humanité a été l’abolition de la peine de mort.

Pourquoi ? Parce que chaque fois que nous faisons un progrès sur la question de la mort,

  • il ne s’agit plus d’histoire,
  • il ne s’agit plus de sociologie,
  • il ne s’agit plus plus de politique,

il s’agit de l’hominisation.

C’est à dire que nous étions probablement et sûrement des bêtes, nous le sommes encore, et nous devenons progressivement des hommes.

Et le jour où Abraham n’a pas tué son fils Isaac, ça a été un moment d’hominisation formidable. Parce que le meurtre du fils s’est arrêté, hélas il ne s’est pas arrêté pour autant puisqu’il y a des guerres.


Mais le jour où avec Robert Badinter, la France a aboli la peine de mort,

  • non on n’a pas fait un progrès historique,
  • non on n’a pas fait un progrès politique.

on a fait un progrès vers l’humain.

C’est une bifurcation complète de l’humanité, pas seulement de la France.


Et à partir de là, un des vrais combats de l’humanité d’aujourd’hui, c’est d’adoucir la peine de mourir et là, ça pourrait s’appeler aussi l’abolition de la peine de mort. Parce que nous sommes tous destinés à cette peine et les soignants qui font aujourd’hui des soins palliatifs, abolissent la peine de mourir. Ils abolissent aussi la peine de mort.


Je crois que lorsque nous naissons, nous mettons très longtemps à prendre conscience que nous vivons. Un enfant de 18 mois n’a pas la même conscience qu’un l’enfant de 5 ans, de 12 ans, de 18 ans et aujourd’hui.

Il y a une croissance dans la présence à la vie.

Et pourquoi n’y aurait-il pas à la fin de la vie une sorte de décroissance un peu symétrique à la croissance que nous avons connue lorsque nous étions enfants et cette décroissance nous accompagnerait vers la peine de mourir en l’adoucissant au fur et à mesure.

Et d’une certaine manière, la philosophie aidant, on doit pouvoir emprunter cette route là.

Michel Serres