«
Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en
droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir
les uns envers les autres dans un esprit de fraternité »,
énonce
l'article premier de la Déclaration universelle des droits de
l'homme. Comme la française de 1789, la Déclaration de 1948 dessine
l'horizon d'une promesse, toujours inaccomplie et inachevée, sans
cesse en chantier et à l'œuvre face aux égoïsmes renaissants des
États et au risque qu'ils cèdent aux idéologies de l'inégalité.
De ce point de vue, l'ajout de la dignité, notion sensible, aux droits, critère juridique, n'est indifférent, tout pas comme sa position première dans l'énoncé : il s'agit non seulement de respecter d'autres humains mais aussi de se respecter soi-même. En somme, de rester digne, de savoir se tenir, se retenir ou s'empêcher, afin de ne jamais céder à la haine de l'homme.
Tel fut le sursaut qui, jusqu'à la fin du xx° siècle, a relégué aux marges de notre débat public les idéologies de l'inégalité naturelle, de l'exclusion et de la discrimination. Elles n'ont jamais disparu, et ne disparaîtront sans doute jamais, portées par l'activisme militant, les préjugés ordinaires ou les théories fumeuses. Mais il fut longtemps et largement entendu que leur seul énoncé ouvrait une brèche infernale.
Cette mise à distance ne relevait pas d'un jugement moral mais d'une conviction politique: en s'attaquant au socle même des émancipations – l'égalité des droits, le commun de l'humanité –, ces opinions sont antidémocratiques, ouvrant la voie à la remise en cause des libertés fondamentales - dans un déchaînement fatal de violence dont les boucs émissaires qu'elles désignent seront les premières victimes, mais ne seront pas les seules.
Il en découle que tout ne se débat pas.
Ces idées-là se combattent, elles ne se discutent pas.
-
L'hospitalité de la discussion ne tient pas
face à un tenant de
l'inhospitalité pour l'étranger.
- L'égalité de l'échange
ne tient pas
face à un tenant de l'inégalité des hommes.
-
Le pluralisme des opinions ne tient pas
face à un tenant de la
supériorité de sa propre identité.
Leur
donner droit de cité revient à accepter que l'on profane un
cimetière.
L'imprescriptibilité des crimes contre l'humanité
n'est pas seulement d'efficacité juridique - garantir le temps de la
justice, de l'enquête, des preuves. Elle est aussi d'éthique
politique: si l'oubli ne saurait avoir prise sur ces crimes, c'est
pour nous rappeler que l'être
même de l'homme fut leur victime,
au nom de la négation d'une humanité commune.
Commencé
la volonté de les exclure,
prolongé par le souhait de les
expulser,
le projet criminel de supprimer l'existence d'êtres
humains a
u motif de leur étrangeté fantasmée, de leur
différence supposée, de leur origine ou de leur « race » a grandi
sur ce fumier-là: la
négation intellectuelle de leur égalité en dignité et en droits.
Ces idées ne sauraient donc être dissociées des actes qu'elles ont inspirés: nous ne pouvons faire comme si nous ne savions pas qu'elles sont potentiellement criminelles. Elles sont définitivement coupables, de façon elle aussi imprescriptible.
L'Allemagne le sait. Tirant les leçons du renverse- ment de la république de Weimar et de l'avènement du nazisme par la voie électorale, sa loi fondamentale légitime une conception militante de la démocratie, assumant la répression non seulement des actes mais des idéologies antidémocratiques que promeuvent les droites radicales.
La France devrait, elle aussi, le savoir."
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L'Appel à la vigilance face à l'extrême droite Edwy Plenel 2023 p.20-21-22
On ne discute pas recette de cuisine avec des anthropophages: citation de Jean-Pierre Vernant.