10 décembre 2021

Voyageur il n'y a pas de chemin, le chemin se fait en marchant

 

Jamais je n'ai cherché la gloire
Ni voulu dans la mémoire des hommes
Laisser mes chansons.
Mais j'aime les mondes subtils
Aériens et délicats
Comme des bulles de savon.

J'aime les voir s'envoler,
Se colorer de soleil et de pourpre,
Voler sous le ciel bleu, subitement trembler,
Puis éclater.

À demander ce que tu sais
Tu ne dois pas perdre ton temps
Et à des questions sans réponse
Qui donc pourrait te répondre ?

Chantez en cœur avec moi :
Savoir ? Nous ne savons rien
Venus d'une mer de mystère
Vers une mer inconnue nous allons

Et entre les deux mystères

Règne la grave énigme

Une clef inconnue ferme les trois coffres
Le savant n'enseigne rien, lumière n'éclaire pas
Que disent les mots ?
Et que dit l'eau du rocher ?

Voyageur, le chemin
C'est les traces de tes pas
C'est tout ; voyageur,
il n'y a pas de chemin,
Le chemin se fait en marchant

Le chemin se fait en marchant
Et quand tu regardes en arrière
Tu vois le sentier que jamais
Tu ne dois à nouveau fouler

Voyageur ! Il n'y a pas de chemins
Rien que des sillages sur la mer.
Tout passe et tout demeure

Mais notre affaire est de passer
De passer en traçant

Des chemins

Des chemins sur la mer

Antonio Machado 

 



 Antonio Machado     
dessiné en 1925     
par Leandro Oroz Lacalle

09 décembre 2021

ASKAVUSA, un contre-récit de la frontière.

 

Tout a commencé à la décharge de Lampedusa.

C’est là qu’un jour l’artiste et activiste Giacomo Sferlazzo découvre un grand sac poubelle abritant des objets ayant appartenu à des migrants échoués sur l’île : des lettres, des photos, des textes religieux, des disques de musique.
 
"Cela a été un tournant, parce que c’était comme toucher l’Histoire de mes mains", explique cet Italien qui a fait cette découverte en compagnie d’autres amis de son association Askavusa
 
Pour rendre compte du passage des migrants sur l’île italienne et pour rendre hommage à celles et ceux qui risquent leur vie pour traverser la Méditerranée, l'association a construit un musée baptisé "Porto M". Le M représente la migration et la Méditerranée.
 
Sur cette photo la salle des sacs de migrants morts en mer
"Chaque sac a une histoire".
 
 

10 octobre 2021

Devons nous prendre la partie pour le tout?

 

Si Ayaan Hirsi Ali s'était appelée Mlle Martin et si l'auteur de ce texte ne s'était pas appelé BHL mais M. Durand, personne n'aurait trouvé à redire à l'article du 23 août (en fin de texte)
Or, il est intéressant que Ayaan Hirsi Ali soit une personne discutable et que BHL soit celui que l'on sait; en effet cela fait apparaître ce mécanisme selon lequel la mode ambiante consiste à lire une signature avant de prendre connaissance du contenu de l'article. La simple lecture d'Ayaan Hirsi Ali et de B-H Levy disqualifie ipso facto ce qu'ils ont à nous dire.

Se serait on approché de trop près de la maréchaussée pour qu'on se soit de la sorte laissé contaminé par le délit de faciès?

Dans une émission des vendredis de la philosophie sur France Culture Avital Ronell, (Professeure à Berkeley puis à New York University où elle dirige la chaire de littérature germanique) raconte que lorsqu’elle a abordé dans ses séminaires d'analyse déconstructive des auteurs tels que Gœthe, Nietzsche et Heidegger, sur des sujets comme l'addiction, la bêtise et les tests, un partie de son auditoire s’est levée la jugeant nazie.

Dans le même ordre d'idées se pose la question suivante : Faut il jeter l’œuvre de Céline sous prétexte qu’il fut un antisémite notoire, Heidegger en raison de son adhésion jamais reniée à l’égard du nazisme, de Sartre au motif qu’il a été maoïste, ou d’Aragon parce qu’il a été stalinien ?
 
Quels sont les enjeux de cette équation consistant à poser un signe égal entre une oeuvre et un comportement ?

Dans ‘Heidegger, Primo Levy et le séquoia’, Max Dora déclare d’entrée: "Aucune objectivité dans cette histoire. Je suis juif et je déteste Martin Heidegger"

Roland Barthes rétorque:
“Il y a des gens qui remplacent l’analyse difficile par l’indignation facile”.(R.Barthes. in ‘Les aventures de la liberté’ de BHL p.397)

Et Paul Valéry ajoute:
Quelle aubaine quand on ne peut attaquer le raisonnement que d’attaquer le raisonneur, cela donne enfin une bonne raison de ne pas le lire.
(Paul Valéry dans Tel quel, Autres Rhumbs (1927), in Œuvres, t. II, Gallimard, coll. " Bibliothèque de la Pléiade)

Dans "Le siècle de Sartre" BHL a pris la peine de lire Heidegger avant de l’exécuter avec pertes et profits. “On peut, si l’on y tient, continuer de soutenir qu’il y a d’un côté le philosophe et de l’autre le nazi. Mais la frontière ne passe pas entre les livres. Elle passe à l’intérieur de chaque livre… de chaque page… de chaque mot…de chaque concept. Elle est impossible à tracer, impossible même à penser…Heidegger est un bloc.”

Georges Steiner lui aussi a lu Heidegger et lui a consacré un ouvrage érudit. Il dit de lui que par le questionnement qu’il pose à propos de la nature et du sens de l’existence il fut un des plus grands philosophes de l’histoire et que, par son comportement à l’égard du nazisme et l’absence de tout regret ultérieur,il fut le plus petit des hommes.

Juive comme comme Max Dorra et BHL, Hannah Arendt ne tira pas les mêmes conclusions qu'eux. Emile Brami, juif lui aussi, a publié une superbe biographie de Céline: 
« Il me faut, moi, juif, vivre avec cette gêne permanente, ce caillou dans la chaussure, d’être passionné par l’écriture… de celui qui avait voulu, même métaphoriquement (et encore ne suis je pas absolument certain de la métaphore) ma peau » p.12

Dans ses conversations avec l’Abbé Pierre (Dieu et les hommes p.169) Bernard Kouchner dit ceci :  
« Je pense que les juifs ont un devoir supplémentaire, un devoir de plus que les autres hommes. Je pense que les juifs sont chargés d’être juste. » puis plus loin « On est toujours le juif de quelqu’un. »

L’Abbé Pierre a cette phrase extraordinaire : 
«toute personne vaut mieux que son comportement.»
 
Placer un signe égal entre un comportement et une personne revient à refuser les découvertes stylistiques de Céline et à ne plus tenir compte du décrochage conceptuel introduit par Heidegger.

Placer un signe égal entre un comportement et une personne revient aussi à légitimer la peine de mort. Ainsi, cette femme infanticide est une criminelle et de la sorte n’est plus rien d’autre. C'est effectuer ce contresens logique de prendre la partie pour le tout.

Dissocier l’individu de son comportement revient à sanctionner le comportement sans porter injustement atteinte à l'intégrité de la personne. Cela consiste à parier que cette femme vaut bien plus que ce comportement, qu’elle est capable de mobiliser ce qu’elle a en elle de meilleurs pour réaliser son accomplissement de Femme et de Mère.


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Ayaan Hirsi Ali est cette jeune Hollandaise d’origine somalienne condamnée à mort par les islamistes, pourchassée, vouée à une impossible vie, parce qu’elle croit:
  • premièrement, que l’on peut être née en islam mais ne pas vouloir y demeurer
  • et en second lieu, que l’on peut y rester mais sans s’interdire d’en réviser, moderniser, démocratiser, certaines prescriptions (mariages forcés, mutilations subies ou consenties, primat de la règle communautaire sur le désir des sujets, etc.).
Ayaan Hirsi Ali n’est pas Voltaire.
Mais c’est Voltaire qui l’inspire.
C’est Voltaire qu’on veut assassiner à travers elle.
Ils sont, ces assassins possibles, comme le pétainiste Abel Bonnard livrant aux nazis la statue de bronze de Voltaire afin qu’ils en fassent des obus.
Défendre Rushdie, Nasreen ou Ayaan Hirsi Ali,
c’est défendre la statue,
la mémoire,
l’héritage de Voltaire.

Propos de Bernard-Henri Levy,
recueillis par Jean Birnbaum
"Trente entretiens du Monde des livres"
"Philosophes d'hier et d'aujourd'hui" p.37
BHL est capable d'écrire de bien belles choses.
 
 

 

22 juillet 2021

Science et conscience

Un enseignant d'une faculté de médecine de Montréal converse avec les étudiants dans le cadre d'un cours sur le SIDA. “La médecine est elle un art ou une science?" un rapide consensus semble s'établir sur la première option. L'enseignant ajoute que la décision d'entamer ce type d'études naît souvent d'un désir ressenti d’aider les autres.

Cependant, au fur et à mesure que se rapproche l’imminence de l’immersion dans la vie professionnelle, la prise de conscience de la multitude des souffrances rencontrées et de la précarité des réponses stéréotypées dont ils pensaient faire l'apprentissage, conduit les étudiants à se gaver fébrilement de science. Ils se donnent ainsi l'illusion d'être armés pour affronter les grands ennemis de notre temps encouragés par les universitaires qui sont le plus souvent à la médecine ce qu'est le luthier au musicien.

Rapidement plongé au cœur de la souffrance humaine, le jeune médecin qui se croyait fort de son outil scientifique, protégé par ses maîtres et solidement armé pour engager les hostilités, réalise que personne ne lui demande de se battre mais simplement d'aider les autres, exactement comme il l'avait intuitivement et violemment ressenti au tout début de son parcours.

Les fabricants d'outils et les luthiers sont d'admirables artisans, mais l'usage de leur œuvre appartient à un autre dont ils ne sont pas maîtres . "Le poète est seul et sans maître" écrivait Saint-John Perse tandis que René Char publiait précisément "le marteau sans maître".

L'homme souffrant amènera très vite le médecin à remiser la science pas très loin du livre de grammaire, à portée de main, mais toujours second dans la lecture de la poésie de la Vie.

Alors, enfin débarrassé des maîtres et de la science, le voici face aux grands défis de l'humanité qui se jouent dans la rencontre, avec pour seul équipement, la claire perception du but à atteindre et la conscience de faire de son mieux.

Explosent alors d'évidentes solidarités avec tous ceux qui, poussés par le même souffle, plantent un arbre de vie dans le temps.


 


02 juillet 2021

Deux poids, deux mesures

Vous n'en avez pas entendu parler.

Une sécheresse sévit depuis plusieurs mois dans le sud de Madagascar. Elle est à l'origine d'une famine touchant 1,14 millions de personnes.
Cette situation n'est liée ni à la guerre ni à des conflits, elle est uniquement liée au changement climatique.
Selon l’ONU, « l’instabilité climatique est un facteur majeur de l’augmentation de la faim dans le monde et est l’une des principales causes des graves crises alimentaires ».
Et bien que cette région du monde n'ait en rien contribué au changement climatique, c'est elle qui en paie le prix fort.

En revanche, vous avez forcément entendu parler de la canicule canadienne.

Bien que vivant dans un pays nordique, plus de 50 % des foyers canadiens sont aujourd'hui climatisés. L'énergie que consomment les climatiseurs génère une forte production de gaz à effet de serre, aggravant ainsi le phénomène.

Le Canada est le 4° plus gros pollueur au monde par habitant (en tonnes de CO2 en 2017). L'empreinte écologique* par personne du Canada était en 2012 de 9 hag, très supérieure à la moyenne mondiale (2,6 hag), en raison d'un mode de vie très consommateur en ressources. Il s'agit de l'une des plus fortes empreintes au monde.

L'empreinte écologique mesure la superficie de terres cultivées nécessaires pour produire les ressources énergétiques et alimentaires dont dispose un individu + l'eau nécessaire + l’absorption des déchets générés.
Cette surface est exprimée en hectares globaux (hag)

Deux poids, deux mesures

Lorsque des malgaches meurent de famine en raison d'une instabilité climatique, ce n'est pas une information. Lorsque la même instabilité climatique met en évidence une "grave" pénurie de climatiseurs dans un pays fortement pollueur en CO2, les médias de la planète se déchaînent.

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Le Qatar climatise le stade stade Al-Wakrah destiné à accueillir la Coupe du monde 2022.

Close-up shot of a model of Al Wakrah Stadium
Marco Verch is a Professional Photographer and Speaker from Cologne.

 



Action contre la faim
L’urgence climatique touche déjà les plus vulnérables. Chaque minute, 30 personnes sont touchées par la faim à cause des effets de la crise climatique
Partout dans le monde, la crise climatique aggrave la situation de la faim. Les équipes d'Action contre la faim interviennent pour répondre dans l’urgence mais aussi dans le long terme pour aider les pays touchés à s’adapter au changement climatique.
Si rien n’est fait d’ici 2030, plus de 100 millions de personnes supplémentaires
souffriront de sous-nutrition.
Agir pour le climat, c’est lutter contre la faim.

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Sources: reporterre.net et selectra.info

08 juin 2021

Marguerite


Il est un auteur que j'affectionne particulièrement.
Une auteur plutôt.
Elle porte un joli nom de fleur, de ces beautés du monde qui émerveillent le regard.
Marguerite.


Comment l'ai je croisée? je n'en ai plus le moindre souvenir.

"Qui est maître de ses lectures?
Un livre nous choisit.
Il frappe à notre porte.
La charité monsieur.
La charité de me donner tout votre temps,
tous vos soucis,
toutes vos puissances de rêverie
"(1)



Avec la clarté de l'aube, c'est le texte de Marguerite sur l'éducation qui s'est invité.
Le voici.

« Je condamne l’ignorance qui règne en ce moment dans les démocraties aussi bien que dans les régimes totalitaires. Cette ignorance est si forte, souvent si totale, qu’on la dirait voulue par le système, sinon par le régime. 

J’ai souvent réfléchi à ce que pourrait être l’éducation de l’enfant.

Je pense qu’il faudrait des études de base, très simples, 
où l’enfant apprendrait qu’il existe au sein de l’univers, 
sur une planète dont il devra plus tard ménager les ressources, 
qu’il dépend de l’air, de l’eau, de tous les êtres vivants, 
et que la moindre erreur ou la moindre violence risque de tout détruire.

Il apprendrait que les hommes se sont entretués dans des guerres 
qui n’ont jamais fait que produire d’autres guerres, 
et que chaque pays arrange son histoire, mensongèrement, de façon à flatter son orgueil.

On lui apprendrait assez du passé 
pour qu’il se sente relié aux hommes qui l’ont précédé, 
pour qu’il les admire là où ils méritent de l’être, 
sans s’en faire des idoles, 
non plus que du présent ou d’un hypothétique avenir.

On essaierait de le familiariser à la fois avec les livres et les choses ; 
il saurait le nom des plantes, 
il connaîtrait les animaux sans se livrer aux hideuses vivisections imposées aux enfants et aux très jeunes adolescents sous prétexte de biologie; 
il apprendrait à donner les premiers soins aux blessés ; 
son éducation sexuelle comprendrait la présence à un accouchement, 
son éducation mentale la vue des grands malades et des morts.

On lui donnerait aussi les simples notions de morale 
sans laquelle la vie en société est impossible, 
instruction que les écoles élémentaires et moyennes n’osent plus donner dans ce pays.

En matière de religion, on ne lui imposerait aucune pratique ou aucun dogme, 
mais on lui dirait quelque chose de toutes les grandes religions du monde, 
et surtout de celle du pays où il se trouve, 
pour éveiller en lui le respect 
et détruire d’avance certains odieux préjugés.

On lui apprendrait à aimer le travail quand le travail est utile, 
et à ne pas se laisser prendre à l’imposture publicitaire, 
en commençant par celle qui lui vante des friandises plus ou moins frelatées, 
en lui préparant des caries et des diabètes futurs.

Il y a certainement un moyen de parler aux enfants de choses véritablement importantes plus tôt qu’on ne le fait. "(2)




(1) La grande vie. Christian Bobin.
(2) Marguerite Yourcenar. Les Yeux ouverts : Entretiens avec Matthieu Galey. p.271

11 mai 2021

Les tortueuses

 

« Certaines allées sont toutes droites: ce sont celles que l'on a faites; 
d'autres sont tortueuses : ce sont celles qui se sont faites elles-mêmes. 
Et ces dernières sont de beaucoup les plus agréables, parce que vous ne savez jamais à l'avance où elles vous conduiront. Elles ont été tracées par les enfants, par les chiens, et tous ces gens qui ne se soucient guère qu'un chemin soit fait de telle ou telle manière. »
James M. Barrie,
Peter Pan in Kensington Gardens.

30 avril 2021

Être de gauche, c’est la moindre des choses...



Si vous deviez vous définir au delà des catégories professionnelles, des titres des diplômes? Comment vous décririez-vous?

Comment se nommer soi même par rapport aux nominations officielles est une bonne façon de se décrire. J’utiliserais un mot qu'il faudrait inventer: radicalisateur.

L’objectif de ma vie, c’est de radicaliser les choses, rendre la pensée plus radicale, rendre la politique plus radicale rendre la pensée plus radicale dans la théorie et dans l’action de la gauche.

Essayez de voir où y a t’il encore des freins alors même qu’on se croit progressiste. Essayer d’aller au bout de ce type d’impensé.

Geoffroy de Lagasnerie, avec votre nom, vos origines, on ne vous attend pas forcément à gauche, gauche radicale…

Il n’y a pas de gauche radicale, il n’y a qu’une seule gauche réelle et légitime.
On ne peut pas être trop pour la justice, trop pour l'égalité, trop pour la liberté, ça n’a pas de sens.
Ou la gauche est entièrement pour ça ou elle n’est pas de gauche.
Il y a une gauche qui plaide pour un monde d’égalité, de liberté, d’émancipation
et puis après il y a des nuances de droite.

Il ne faut jamais s’expliquer d’être de gauche.

Il suffit de vivre dans le monde et parce que nous vivons dans le monde, nous héritons de tout le monde, de voir des clochards dans les rue, de voir la Palestine occupée, de voir l’expropriation de l’Afrique, de voir les conditions de travail, de voir la domination masculine, de voir l’homophobie tout cela est patent, objectif, visible, le seul fait d’être au monde produit le fait de vouloir transformer le monde et ça s’appelle la gauche.

La gauche c’est comme l’amour, c’est inexplicable. C’est un sentiment premier qui est tout à fait normal. C’est donné, l’évidence est donnée par l'état du monde.

Ce qu’il faut expliquer, c’est la droite. 

Qu’est ce qui fait que des gens puissent ne pas être de gauche, puissent ne pas être favorables à transformer radicalement le capitalisme, l’impérialisme, les structures de domination quand ils voient la réalité objective.

Face à l’évidence que le monde est dégueulasse, les gens de droite se débattent avec leur inconscient, contre l'évidence. Ils inventent des idéologies, la méritocratie, la supériorité d’une culture, ce sont des manières de pouvoir continuer à vivre avec leur mauvaise conscience.

Être de gauche, c’est la moindre des choses.

 


28 avril 2021

Faut il tuer les fous?

Le premier monstre qu'on enregistre, c'est cette femme de Sélestat, dont Léon Pierre Peter a analysé le cas dans une revue de psychanalyse. En 1817, « la femme de Sélestat » avait tué sa fille, l'avait découpée et avait fait cuire sa cuisse dans des choux blancs

Quelques années plus tard, ce fut l'affaire de Léger, un berger rendu à l'état de nature par sa solitude, qui avait tué une petite fille, l'avait violée, lui avait découpé les organes sexuels, les avait mangés, lui avait arraché le cœur et l'avait dégusté.

Vers les années 1825, il y eut l'affaire du soldat Bertrand qui, au cimetière Montparnasse, ouvrait les tombes, extrayait les cadavres des femmes, les violait avant de les ouvrir au couteau puis il accrochait leurs entrailles aux croix des tombes et aux branches des cyprès comme des guirlandes.

Ce sont trois des figures de monstruosités qui furent les points d'organisation et de déclenchement de toute la médecine légale.

Ref : Michel Foucault. Les anormaux.
Cours au Collège de France 1974-75 p94.

La notion d’irresponsabilité pénale pour raison psychiatrique est née des réflexions de cette époque. Au fil des deux siècles suivants, de nombreux pays européens ont adopté une législation adaptée aux délinquant atteints de troubles mentaux.

Ref https://www.senat.fr/lc/lc132/lc132_mono.html

L’irresponsabilité pénale d’un meurtrier atteint, au moment des faits, d'un trouble psychique ou neuropsychique ayant aboli son discernement ou le contrôle de ses actes, pose relativement peu de problèmes à quiconque est un tant soit peu informé du contenu réel des dispositions législatives.

À la question de l’irresponsabilité pénale des psychotiques hallucinés, dépourvus de discernement ou de contrôle de leurs actes, la réponse est binaire :

soit il est responsable pénalement de ses actes
soit il ne l’est pas
.

La réponse est par nature indiscutable, non négociable, définitive et ce, quelle que soit la religion de l’assassin, quels que soient ses propos, la monstruosité de ses actes et ses diverses consommations illicites.

Il arrive qu’épisodiquement les législations soient remises en cause, en particulier lorsqu’un meurtre concerne une ministre (Anna Lindh, ministre suédoise des Affaires étrangères, le 10/09/ 2003) ou lorsqu’un psychotique massacre une brave dame, juive dans ce cas, que l'halluciné est arabe, qu’il est fumeur régulier de cannabis, qu’il est en proie à un délire d’hostilité politico-religieuse et qu'il agrémente son massacre d'une phrase rituelle.

Dans ce cas, l’opinion assoupie s’offusque, défile en manif et exige courageusement qu’il devient urgent de changer la loi.

Il aurait tout aussi bien pu s’agir d’un psychotique juif (aucune confession, aucun pays n’est épargnée par la maladie mentale), il aurait lui aussi pu être consommateur de cannabis, aurait pu être en proie à un délire d’hostilité palestino-religieux, et aurait pu massacrer une brave grand-mère musulmane.

L’indignation de l’opinion aurait été analogue, n'est ce pas?

L’antisémitisme a fait des ravages dans nombre de pays européens, principalement entre les deux guerres mondiales.

Dans les mêmes pays l’islamophobie fait, elle aussi, des ravages, principalement depuis la fin du XX° siècle. Les auteurs de ces deux phobies sont au demeurant souvent les mêmes.

Ces haines sournoisement insinuées dans les consciences par leur simplisme contagieux, profitent de tout évènement monstrueusement tragique pour attiser les hostilités.

Les confessions religieuses n'ont évidemment rien à voir rien à voir avec notre malade mental irresponsable sur le plan pénal.

Si des propos antisémites, islamophobes, homophobes ont été constatés à l'époque où le futur meurtrier était encore responsable de ses propos, ceux-ci entraient indiscutablement sous le coup de la loi. 

Que la torpeur paresseuse de l'opinion ne l'ait pas encouragée à signaler ces propos à la justice ne l'autorise pas aujourd'hui à les instrumentaliser pour donner le coup de grâce à un fou désorienté.

Il est une autre question majeure de notre temps qui n’a rien à voir non plus avec notre halluciné irresponsable.

Si la consommation de drogues est prohibée, comment explique t’on une telle complaisance de fait envers les trafiquants, les revendeurs, les consommateurs ? 

Il n'échappe à personne que la consommation d'alcool ou de drogues par les psychotiques souffrants repose sur leur particularité d'être les seuls anxiolytiques en vente libre.

A vouloir sous le coup de l’émotion, remettre en cause des lois longuement et mûrement réfléchies, l’opinion risque de se précipiter dans la situation d’avant 1817 lorsque la peine de mort prospérait en tant que pire réponse, faisant de chacun de ses partisans, des assassins de malades.

Soyons attentifs à chaque instant à ce que cette pire réponse, au simplisme si facilement épidémique, ne finisse par avoir définitivement raison de la belle vertu qu'est la xénophilie.


27 avril 2021

Ces français qui terrorisent d'autres français

25 lois anti-terroristes depuis 1986,
soit une loi tous les 18 mois,
5 depuis 2015.

La préférence donnée aux algorithmes visant le danger venu d'ailleurs plutôt qu'à l'adéquation des effectifs à la mise en œuvre des dites lois, témoigne d'un louable souci d'économie des deniers publics à défaut d'efficacité.

Témoin ce chiffre fourni ce jour par le coordonnateur du renseignement et de la lutte contre le terrorisme: depuis 2015, 80% des auteurs des attentats terroristes sur le sol national sont des ressortissants français*.







* Laurent Nuñez, le coordonnateur du renseignement et de la lutte contre le terrorisme a déclaré le 27 avril 2021 au micro de France Inter: "Entre 2014 et 2020, sur les 184 individus impliqués dans 101 projets d’attentats aboutis, échoués ou déjoués, 40 étaient de nationalité étrangère, soit 22 %"

26 avril 2021

Il y a 84 ans, une petite ville basque...

Dans le ciel d'une petite ville basque, le 26 avril 1937 À 16h30, se présentèrent les avions allemands de la légion Condor. 

À 19h45, environ trois heures plus tard, le premier acte de terrorisme de l'histoire moderne, la destruction de Guernica, était terminée. 

C'était lundi, jour de marché, l'alarme fut donnée par une cloche cinq minutes avant le raid. Il y eut deux mille morts.

J'appelle terrorisme le bombardement d'une ville. Terroriste est celui qui se donne comme objectif militaire la vie de la population civile.

 

Erri de Luca. Le plus et le moins




24 avril 2021

Le virus qui cache la forêt

 

Avant de reprendre la vie comme avant, regardons de plus près.

Voici l’histoire du virus Nipah.

A la fin des années 90, la Malaisie a choisi de convertir des forêts en terres agricoles et notamment d’y pratiquer l’élevage sous la forme de grandes fermes à cochons.

Dans la même région vit une chauve souris porteuse du virus Nipah. Elle se nourrit en grignotant des fruits. Lorsque les fruits tombent à terre, ils sont mangés par les porcs qui ingurgitent par la même occasion la salive et des excréments de chauves souris porteuses de virus.

Les porcs ainsi contaminés infectent à leur tour les éleveurs. On dénombre rapidement plus d’une centaine de morts parmi les éleveurs et il faut rapidement abattre en urgence un million de porcs pour stopper la propagation de la maladie.

Remarquons combien il est insolite de trouver autant de porcs en Malaisie qui est un pays à majorité musulmane. En fait ces porcs étaient évidemment destinés à l’exportation.

A partir de ce simple exemple, observons comment un virus parti d’Asie du Sud Est peut se retrouver si facilement dans des voies respiratoires européennes en quelques jours.

Depuis la nuit des temps, des mammifères sauvages hébergent des centaines de milliers de virus, inconnus pour la plupart.

Parmi ceux que nous connaissons certains sont plus redoutables que d’autres,

Sur 100 personnes atteintes, la Covid19 tue 1 personne
Sur 100 personnes atteintes, le Sars 2002 tue 15 personnes.
Sur 100 personnes atteintes, le virus Ebola tue 50 personnes.
Sur 100 personnes atteintes, le virus Nipah (celui de Malaisie) tue 50 à 75 personnes.


Qu’est ce qui a changé depuis cette nuit des temps ?

Chaque année, une surface forestière équivalente à la moitié de la France disparaît sur la planète.
La déforestation déloge les animaux sauvages de leur habitat naturel et les met en contact avec les animaux domestiques donc avec l’homme.

Par ailleurs, depuis l’expansion du trafic aérien ces dernières décennies, les marchandises peuvent se retrouver à n’importe quel endroit de la planète en quelques heures.

Durant les mêmes décennies, la population mondiale est passée de 4 à 7 milliards. Un milliard de personnes vivent dans des bidonvilles surpeuplés dans des conditions d’hygiène précaire

Les maladies peuvent ainsi se propager plus loin, plus vite, et concerner de plus en plus de monde.

En définitive, qui faut-il désigner comme responsable de la pandémie? Le virus? la chauve-souris? le porc? la déforestation? les délocalisations? la grande distribution?

Tant que le seul mis en examen restera ce malheureux bout d’ARN viral, tant que les bêtes sauvages continueront à être délogées de leur habitat naturel, tant que la chaîne de propagation ne sera pas sérieusement mise en cause, les mêmes causes produiront, à n’en pas douter, de plus en plus d’effets..


*     *

*

« Dieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils continuent de chérir les causes."

Il s'agit d'une une interprétation modernisée d'une citation de Bossuet datant de 1897:
"Dieu se rit des prières qu'on lui fait pour détourner les malheurs publics, quand on ne s'oppose pas à ce qui se fait pour les attirer. Que dis-je! quand on l'approuve et qu'on y souscrit, quoique ce soit avec répugnance."





21 avril 2021

Les gilets-jaunes version chilienne

Depuis le 25 octobre 2020, un mouvement de contestation rassemble deux millions de personnes qui s’élèvent contre un ensemble de mesures gouvernementales et de difficultés sociales dans les domaines de la santé, des transports, de l’éducation, des retraites et surtout des inégalités. Un Chilien sur deux vit avec moins de 480 euros par mois (un ticket de métro  coûte 1 euro)

La répression a été massive et sanglante. Le bilan s’établit à une vingtaine de morts, 2000 personnes enfermées qui attendent leur procès pour avoir manifesté, des femmes incarcérés sont violées, à quoi s’ajoutent les innombrables disparus qui rappellent les heures sombres de la dictature Pinochet. Ajoutons plus de 11.000 blessés, 200 éborgnés,  faisant écho à quelque chose qu’on connaît bien en France.

Acculé par la puissance de ce mouvement qu’il ne parvient pas à contenir, Piñera finit par céder sur la question du processus constituant qui est une des principales revendications du mouvement. Il ne le fait évidemment pas par conviction ni parce qu’il pense que c’est une bonne idée. Il le fait parce qu’il n’a pas le choix. 

En face, la colère s’ajoute à la frustration tant restent présentent les revendications n’ayant pas obtenu de réponse et qui concernent la vie quotidienne.

18 avril 2021

L'élites selon Peter

 Le principe de Laurence Peter (1969) est une loi empirique  relative aux organisations hiérarchiques qui veut que dans tout système de ce type, chacun a tendance à s'élever à son niveau d'incompétence. 

Le corollaire en est qu’avec le temps, tout poste finit par être occupé par un individu incapable d'en assumer la responsabilité.

Ce mécanisme concerne en particulier bon nombre d’hommes politiques. Il semblerait aussi qu'il n’épargne pas certaines de leurs collègues féminines.

Il se reconnaissent à la certitude qu'ils affichent d'être l'élite de la nation. Hormis eux personne n'est dupe.

 

16 avril 2021

Notre foyer

 

« Regardez ce point.
C’est ici.
C’est notre foyer.

C’est nous.

Dessus se trouvent tous ceux que vous aimez, tous ceux que vous connaissez, tous ceux dont vous avez entendu parler, tous les êtres humains qui ont vécu.

La somme de nos joies et de nos souffrances.
Des milliers de religions, d’idéologies et de doctrines économiques remplies de certitudes.

Tous les chasseurs et cueilleurs, tous les héros et tous les lâches, tous les créateurs et destructeurs de civilisations. Tous les rois et paysans, tous les jeunes couples d’amoureux, tous les pères, mères, enfants remplis d’espoir, inventeurs et explorateurs. Tous les moralisateurs, tous les politiciens corrompus, toutes les “superstars”, tous les “guides suprêmes”, tous les saints et pécheurs de l’histoire de notre espèce ont vécu ici…

Sur ce grain de poussière suspendu dans un rayon de soleil.

La Terre est une scène minuscule dans l’immense arène cosmique. Songez aux rivières de sang déversées par tous ces généraux et empereurs afin que, nimbés de triomphe et de gloire, ils puissent devenir les maîtres temporaires d’une fraction… d’un point.

Songez aux cruautés sans fin infligées par les habitants d’un recoin de ce pixel aux habitants à peine différents d’un autre recoin.

Comme ils peinent à s’entendre, comme ils sont prompts à s’entretuer, comme leurs haines sont ferventes. Nos postures, notre soi-disant importance, l’illusion que nous avons quelque position privilégiée dans l’univers, sont mises en perspective par ce point de lumière pâle.

Notre planète est une poussière isolée, enveloppée dans la grande nuit cosmique. Dans notre obscurité, dans toute cette immensité, rien ne laisse présager qu’une aide viendra d’ailleurs, pour nous sauver de nous-mêmes. La Terre est jusqu’à présent, le seul monde connu à abriter la vie. Il n’y a nulle part ailleurs, au moins dans un futur proche, vers où notre espèce pourrait migrer. Visiter, oui. S’installer, pas encore. Que nous le voulions ou non, pour le moment, c’est sur Terre que nous nous trouvons.

On dit que l’astronomie incite à l’humilité et forge le caractère. Il n’y a peut-être pas de meilleure démonstration de la vanité humaine que cette lointaine image.

Pour moi, cela souligne notre responsabilité de cohabiter plus fraternellement les uns avec les autres, et de préserver et chérir le point bleu pâle, la seule maison que nous ayons jamais connue.»

 

Texte de Carl Sagan, Pale Blue Dot, écrit en 1994, inspiré par la photo ci-dessus prise le 14 février 1990 par la sonde Voyager 1, alors qu’elle se trouvait à plus de 6 milliards de kilomètres de la Terre, au-delà de l’orbite de Neptune. En 2020 la sonde était à plus de 22 milliards de kilomètres de notre Soleil.

14 avril 2021

Ah ! les thromboses...

 

Amusons nous à comparer l'incidence des thromboses dues aux vaccins≠covid, aux pilules contraceptives, à la grossesse:
  • 4 cas de thromboses par million après vaccins Pfizer et Moderna
  • 5 cas par million après la première dose du vaccin AstraZeneca
  • 1 cas par million après la dose unique du vaccin Jansen (interrompu aux USA après 6 cas pour 6,8 millions de vaccinations
  • 39 cas de thromboses par million de patients infectés par la Covid-19
et à la belle époque où la covid19 n'avait pas déclaré la guerre à l'humanité:
  • 200 thromboses par million de femmes utilisatrices de pilules de 2° génération
  • 300 à 400 par million de femmes utilisatrices de pilules de 3° génération
  • 50 à 100 par million de femmes non utilisatrices de pilule contraceptive
  • 600 par millions Grossesses+post accouchement

Pour celles et ceux qui veulent éviter absolument tout risque de thrombose, il faudra renoncer 
  • aux pilules contraceptives 
  • mais aussi aux grossesses, 
  • fuir la covid-19, 
  • mais aussi les vaccins qui en protègent, 
  • éviter d’être une femme 
  • et plus simplement peut être, éviter les phobies par manque d'information.

29 mars 2021

La mer que tu chériras

Quatre ou cinq ans.
 
Une petite fille s'ébroue sur la plage, près de laquelle clapote une eau malpropre dans laquelle elle vient de se baigner.
 
Un oncle s'approche et lui dit : « tu pues !»
 
L'enfant le regarde et répond : « la mer, c'est ma liberté!».
 
Immense répartie, face à l'océan brumeux.
Quel éclat de liberté naissante!
D'où vient pareille parole dans la bouche d'une petite fille?
Se souviendra-t-elle de cet instant si elle découvre un jour le vers du poète :
« Homme libre, toujours tu chériras la mer»?
 
"Sentiers" de Gérard Bessière p86
 

 

Ne nous trompons pas de guerre.

N’en déplaise à certains, l’homme et ses 30.000 gènes n’est pas en guerre contre les 15 gènes d’un bout d’ARN viral.

L’homme est en revanche résolument en guerre depuis des décennies
contre le monde,
contre l’air,
contre l’eau,
contre la terre,
contre les forêts,
contre les vivants. 

Cette guerre a été déclarée par l’homme et il est en train de la gagner tant son ennemi est à bout de souffle. Cette guerre est à la lettre une guerre mondiale.
Comme à l’habitude, les belliqueux qui déclarent les hostilités laissent à d’autres la charge de faire la paix.

Aujourd’hui une génération moins aveugle que les précédentes vole au secours d’un monde exsangue. Son principal adversaire pour l’heure: des gouvernants parjures qui bâillonnent la représentation nationale et la parole citoyenne.


24 mars 2021

Est-il rentable d'aider les SDF à se loger?

 

Voici un court article de l’excellente revue Prescrire de ce mois-ci qui rend compte d’une étude partant du constat que 30 % des personnes vivant durablement dans la rue souffrent de troubles psychiques sévères (schizophrénie, troubles bipolaires et d’addictions de toutes sortes). 
 
L’étude s’adresse à 700 SDF volontaires et compare un 1° groupe de personnes que l’on aide à accéder à un logement avec un 2° groupe de personnes décidant de poursuivre son errance.
 
Il résulte de cette comparaison que les surcoûts d’hospitalisation et d’hébergement du 1° groupe (SDF errants) correspondent globalement au coût des locations de logements et aux rémunérations du personnel du programme du groupe « Un chez soi d’abord »
 
L'étude conclut qu’il est rentable pour l’économie de notre pays d’aider les SDF à se loger.
 
Question: Faut-il attendre que notre société ait démontré de façon formelle une rentabilité économique pour donner un toit aux plus démunis?
 

14 mars 2021

FAKE NEWS



Les "fake news" sont un autre nom du mensonge.

Certains puissants s’offusquent de cette arme des faibles. 

Ne pas mentir, dire la vérité n’est un devoir qu’envers ceux qui ont droit à la vérité.

Or nul n’a droit à la vérité qui lui même feint, ment, biaise, dissimule, trompe, trahit. 

Chacun reconnaît aisément la rhétorique de bois des gouvernants et son filigrane de mépris.

11 mars 2021

Parenthèse

«Considérez que l'humanité est un hasard, un ratage, un accident biologique. Elle s'est développée sans ordre, sur un caillou perdu, dans un coin infinitésimal. Elle disparaîtra un jour à jamais, sans que nul en ait mémoire, sans que personne s'en soucie. 
Au cours des dizaines de milliers d'années où elle aura survécu, cette curieuse espèce aura interminablement stagné. Puis elle se sera multipliée inconsidérément en saccageant son lieu de vie. 
Elle aura aussi accumulé, avant de disparaître, une quantité de souffrances inimaginables et inutiles, des massacres et des famines, des servitudes et des oppressions.
Observez lucidement cette espèce absurde et violente. 
Regardez en face son absence de justification, son existence éphémère et insensée. 
Exercez-vous à endurer cette idée que l'humanité n'a fondamentalement ni raison d'être ni avenir»
 
 
L’auteur, Roger-Pol Droit dans ce passage de son livre « 101 Expériences de philosophie quotidienne » reconnaît que, sur un fond de non-sens et d'horreur, se détachent des dons humains sans pareils. 
 
André Comte Sponville qui cite ce passage dans « Confession d’un philosophes » ajoute qu’il émettrait quelques réserves au sujet de ce que certaines de ses formules impliquent. 
Reste, dit-il, que dans la conception naturaliste, l’homme n’est qu’un mode passager de la grande Nature, qui aura ouvert cette parenthèse qu’est l’humanité, puis l’aura refermée.
 
Une question, que ne se posent évidemment pas les croyants de toute sorte qui ont déjà de multiples réponses, est celle ci: 
 
- Comment vivre?
quelle est la meilleure façon de vivre sachant que nous mourrons et qu'il ne restera
au bout d'un certain temps aucune trace ni personne pour se souvenir de nous?
 
 



10 mars 2021

Si Dieu n’existait pas, aurait-il fallu l’inventer?



Le fameux Big Bang aurait eu lieu voici 13,799 milliards d'années
La formation de notre système solaire, et donc de la Terre remonte à 4,55 milliards d'années.

C'est dire que pendant 9 milliards d'années, l'univers s'est passé de la terre

Une Terre à cette époque pas très accueillante ! Elle va très lentement se refroidir et une partie de l'eau qu'elle contient va se condenser dans l'atmosphère. Une importante couche nuageuse va se former autour du globe.

Au fond des océans, protégée des rayons ultraviolets, une cité de cheminées sous marines laisse s'échapper un liquide bouillant qui charge l'eau de mer en minéraux et en gaz.
Si l'on ajoute tous les éléments et minéraux issus des météorites, l'océan ressemble à cette lointaine époque à une soupe chimique.
Ces différents composants se sont assemblés pour créer la vie il y a environ 3,85 milliards d'années

C'est dire que pendant 10 milliards d'années, l'univers s'est passé de la vie

Le première trace de vie unicellulaire consiste en de simples cellules d'organismes procaryotiques, les bactéries. Leurs descendantes sont toujours parmi nous et elles sont réellement les plus vieilles habitantes de notre planète !
Les stromatolithes que Sophie a photographiées à quelques kilomètres de chez elle sont apparues il y a 3,4 milliards d'années.
 
A l'intérieur des stromatholites il est possible de retrouver des fossiles des premières bactéries apparues sur terre qui sont les authentiques précurseurs de la grande aventure de la vie.

Mais nous sommes encore loin de l’ancêtre de l'homme qui finit par apparaître voici 7 millions d'années.
Il faudra encore plus de 6 millions d’années avant qu’apparaissent Homo Sapiens, il y a juste 0,3 millions d’années.

C'est dire que pendant 13 milliards d'années et 792 millions d'années, l'univers s'est passé de l'homme.

Puis apparurent les déesses puis les dieux puis les religions (10.000 paraît il) puis plus tard Dieu, le seul, l'unique (en gros vers 1500 avant JC).

Dieu existait-il  avant que l'humain en prît conscience?
Ex-istait-il avant de tant in-sister?

Lorsqu'un arbre tombait dans une forêt au Pléistocène et que l'oreille n'existait encore pas pour l'entendre, faisait-il du bruit?

L'existence n'apparaît-elle qu'avec son premier témoin?

C'est dire que l'univers, pendant 13,7 milliards d'années

puis l'Homme depuis 300.000 ans
ont parcouru le temps en parfaite méconnaissance de Dieu.

Une religion monothéiste ne suffisant pas, il en fallut trois tandis qu'apparurent inquisitions, fatwas, massacres, persécution de scientifiques (Copernic, Galilée, Giordano Bruno, guerres de religions, attentats "Au nom de Dieu", du peuple élu, d'Allahou akbar.

Toute cette haine entre les Hommes au nom de ce Dieu amène à se demander - au cas où il  n'ait pas existé - s'il eût été raisonnable de l'inventer.





Michel Serres. Eclaircissements.
cinq entretiens avec Bruno Latour 1992