Le premier monstre qu'on enregistre, c'est cette femme de
Sélestat, dont Léon Pierre Peter a analysé le cas dans une revue
de psychanalyse. En 1817, « la femme de Sélestat »
avait tué sa fille, l'avait découpée et avait fait cuire sa cuisse
dans des choux blancs
Quelques années plus tard, ce fut l'affaire de Léger, un berger rendu
à l'état de nature par sa solitude, qui avait tué une petite fille,
l'avait violée, lui avait découpé les organes sexuels, les avait
mangés, lui avait arraché le cœur et l'avait dégusté.
Vers les années 1825, il y eut l'affaire du soldat Bertrand qui, au
cimetière Montparnasse, ouvrait les tombes, extrayait les cadavres
des femmes, les violait avant
de les ouvrir au couteau puis
il accrochait leurs entrailles aux croix
des tombes et aux branches des cyprès comme des guirlandes.
Ce sont trois des figures de monstruosités qui furent
les points d'organisation et de déclenchement de toute la médecine
légale.
Ref : Michel Foucault. Les anormaux.
Cours au Collège de France
1974-75 p94.
La notion d’irresponsabilité pénale pour raison psychiatrique
est née des réflexions de cette époque. Au
fil des deux siècles suivants, de
nombreux pays européens ont adopté une législation adaptée aux
délinquant atteints de troubles mentaux.
Ref https://www.senat.fr/lc/lc132/lc132_mono.html
L’irresponsabilité pénale d’un meurtrier atteint, au moment des
faits, d'un trouble psychique ou neuropsychique ayant aboli son
discernement ou le contrôle de ses actes, pose relativement peu de
problèmes à quiconque est un tant soit peu informé du contenu réel
des dispositions législatives.
À la question de l’irresponsabilité pénale des psychotiques
hallucinés, dépourvus de discernement ou de contrôle de leurs actes,
la réponse est binaire :
soit il est responsable pénalement de ses actes
soit il ne l’est pas.
La
réponse est par nature indiscutable, non négociable, définitive et
ce, quelle que soit la religion de l’assassin, quels que soient ses
propos, la monstruosité de ses actes et ses diverses consommations illicites.
Il arrive qu’épisodiquement les
législations soient remises en cause, en
particulier lorsqu’un meurtre concerne
une ministre (Anna Lindh, ministre suédoise des Affaires étrangères,
le 10/09/ 2003) ou lorsqu’un psychotique massacre une brave dame, juive dans ce cas, que l'halluciné est arabe, qu’il
est fumeur régulier de cannabis, qu’il
est en proie à un délire d’hostilité politico-religieuse
et qu'il agrémente son massacre d'une phrase rituelle.
Dans ce cas, l’opinion assoupie s’offusque, défile en manif et exige
courageusement qu’il devient urgent de changer la loi.
Il
aurait tout aussi bien pu s’agir d’un psychotique
juif (aucune confession, aucun pays n’est épargnée par la maladie mentale),
il aurait lui aussi pu être consommateur de cannabis, aurait pu être en proie
à un délire d’hostilité palestino-religieux, et aurait pu
massacrer une brave grand-mère musulmane.
L’indignation de l’opinion aurait été
analogue, n'est ce pas?
L’antisémitisme a fait des ravages dans nombre de pays européens,
principalement entre les deux guerres mondiales.
Dans les mêmes pays l’islamophobie fait, elle aussi, des ravages, principalement
depuis la fin du XX° siècle. Les auteurs de ces deux phobies sont au demeurant souvent les mêmes.
Ces haines sournoisement insinuées dans les consciences par leur simplisme contagieux,
profitent de tout évènement monstrueusement tragique pour attiser
les hostilités.
Les confessions religieuses n'ont évidemment rien à voir rien à
voir avec notre malade mental irresponsable sur le plan pénal.
Si des propos antisémites, islamophobes, homophobes ont été constatés à l'époque où le futur meurtrier était encore responsable de ses propos, ceux-ci entraient indiscutablement sous le coup de la loi.
Que la torpeur paresseuse de l'opinion ne l'ait pas encouragée à signaler ces propos à la justice ne l'autorise pas aujourd'hui à les instrumentaliser pour donner le coup de grâce à un fou désorienté.
Il est une
autre question majeure de notre temps qui
n’a rien à voir non plus avec notre halluciné irresponsable.
Si la consommation de drogues est prohibée, comment
explique t’on une telle complaisance
de fait envers les trafiquants, les revendeurs, les consommateurs ?
Il n'échappe à personne que la consommation d'alcool ou de drogues par les psychotiques souffrants repose sur leur particularité d'être les seuls anxiolytiques en vente libre.
A vouloir sous le coup de
l’émotion, remettre en cause des lois
longuement et mûrement réfléchies, l’opinion risque de
se précipiter dans la situation d’avant
1817 lorsque la peine de mort prospérait en
tant que pire réponse, faisant de chacun
de ses partisans, des
assassins de malades.
Soyons attentifs à chaque instant à ce que cette pire réponse, au simplisme si facilement épidémique, ne finisse par avoir définitivement raison de la belle vertu qu'est la xénophilie.