26 novembre 2020

Question d'âges

Quel est l’âge d’une voiture automobile?

5500 ans pour les roues
250 ans pour le châssis
160 ans pour le moteur à explosion
94 ans pour la direction assistée
90 ans pour l'obsolescence programmée
70 ans pour les essuie-glace automatisés
30 ans pour le pot d’échappement catalytique
16 ans pour les premiers GPS embarqués

La voiture automobile est un agrégat disparate de solutions d’âges différents
dont seul le montage est contemporain


Quel est l’âge d’un humain?

13 milliards d’années pour les atomes
4 milliards d’années pour l’ADN
quelques millions d’années pour l’espèce
quelques décennies pour l’assemblage

17 novembre 2020

Au delà des horizons.

 

• Depuis l'intérieur du cadre de l'immobilité, le concept de mouvement n'apparaît pas. 

  Pour concevoir le mouvement, il faut faire un pas en dehors du cadre de l'immobilité.

• Sur le même modèle, les vivants occupent un îlot d'espace et de temps, englobé dans un océan de néant.

  Envisagé depuis l'îlot de vie, le concept de néant qui l'inclut n'est pas compréhensible

• Le monde des vivants est un îlot baignant dans un immense "océan" de non vie.

  Envisagé par un vivant, le concept de mort n'est pas compréhensible avant d'avoir fait  un pas en dehors du cadre de la vie. 

• Dans le même ordre d'idées, Simone Weil écrit [dans "Attente de Dieu" p47]

Dès l'adolescence, j'ai pensé que le problème de Dieu est un problème dont les données manquent ici bas et que la seule méthode certaine pour éviter de le résoudre à faux ... était de ne pas le poser.
... Il me paraissait inutile de résoudre ce problème car je pensais qu'étant en ce monde, notre affaire était d'adopter la meilleure attitude à l'égard de ce monde, et que cette attitude ne dépendait pas de la solution du problème de Dieu.

Inutile de nous désespérer de ne rien savoir du néant, de la mort, de Dieu avant de sortir de notre cadre.

Notre affaire c'est notre monde, ici et maintenant.


16 novembre 2020

Si nous regardons les chiffres autrement:

63 à 65 millions de français soit 94 à 97% de la population, n'auront pas été contaminés par le virus pandémique actuel.
 
93% des français décédés cette année l'auront été pour d'autre raisons que le virus épidémique.
 
Cette année, notre pays se sera réjoui d'accueillir 750.000 nouveaux nés. Dans le même temps, il aura pleuré le décès de 640.000 personnes.
 
Conservons cependant la lecture impressionnante des pourcentages pour tenter de faire prendre conscience aux désinvoltes, aux irresponsables, aux provocateurs de pacotille, aux délinquants de la vie qu'ils se trompent de combat.

14 novembre 2020

Des gouffres, des vides, des éternités, des néants et une étoile qui danse, pour quatre croyants

1670

"Qu’est-ce que l’homme dans la nature ? Un néant à l’égard de l’infini, un tout à l’égard du néant, un milieu entre rien et tout»

[Pascal dans les « Pensées » au § Disproportions de l’homme]


1911

« L'histoire géologique nous montre que la vie n'est qu'un court épisode entre deux éternités de mort, et que, dans cet épisode même, la pensée consciente n'a duré et ne durera qu'un moment. La pensée n'est qu'un éclair au milieu d'une longue nuit, mais c'est cet éclair qui est tout.»

[Henri Poincaré dans « La valeur de la science »]

1978

« Nous nous dissimulons le néant qui nous entoure, mais il perce parfois la toile peinte de notre vie, comme un récif la surface des eaux.

Tragique condition humaine, brève émergence entre deux vides.»

[Michel Tournier  dans son essai « Le Vent Paraclet »]

1998

« L’homme, cette étincelle entre deux gouffres, trace ici un chemin qui s’effacera après son passage »

[Théodore Monod dans « Le chercheur d'absolu » ]

1885

« Il faut avoir un chaos en soi même pour accoucher d'une étoile qui danse.»

[Nietzsche Ainsi parlait zarathoustra Prologue §5]

10 novembre 2020

Discours à la jeunesse

"D'abord, avant tout, il faut rompre le cercle de fatalité,
le cercle de fer,
le cercle de haine
où les revendications même justes
provoquent des représailles qui se flattent de l'être,"

 Discours à la jeunesse. 

par Jean Jaurès

 

        "Quoi donc ? La paix nous fuira-t-elle toujours ? Et la clameur des hommes, toujours forcenés et toujours déçus, continuera-t-elle à monter vers les étoiles d'or, des capitales modernes incendiées par les obus, comme de l'antique palais de Priam incendié par les torches ? Non ! non ! et malgré les conseils de prudence que nous donnent ces grandioses déceptions, j'ose dire, avec des millions d'hommes, que maintenant la grande paix humaine est possible, et si nous le voulons, elle est prochaine. Des forces neuves y travaillent : la démocratie, la science méthodique, l'universel prolétariat solidaire. La guerre devient plus difficile, parce qu'avec les gouvernements libres des démocraties modernes, elle devient à la fois le péril de tous par le service universel, le crime de tous par le suffrage universel. La guerre devient plus difficile parce que la science enveloppe tous les peuples dans un réseau multiplié, dans un tissu plus serré tous les jours de relations, d'échanges, de conventions ; et si le premier effet des découvertes qui abolissent les distances est parfois d'aggraver les froissements, elles créent à la longue une solidarité, une familiarité humaine qui font de la guerre un attentat monstrueux et une sorte de suicide collectif.

        Enfin, le commun idéal qui exalte et unit les prolétaires de tous les pays les rend plus réfractaires tous les jours à l'ivresse guerrière, aux haines et aux rivalités de nations et de races. Oui, comme l'histoire a donné le dernier mot à la République si souvent bafouée et piétinée, elle donnera le dernier mot à la paix, si souvent raillée par les hommes et les choses, si souvent piétinée par la fureur des événements et des passions. Je ne vous dis pas : C'est une certitude toute faite. Il n'y a pas de certitude toute faite en histoire. Je sais combien sont nombreux encore aux jointures des nations les points malades d'où peut naître soudain une passagère inflammation générale. 

Mais je sais aussi qu'il y a vers la paix des tendances si fortes, si profondes, si essentielles, qu'il dépend de vous, par une volonté consciente, délibérée, infatigable, de systématiser ces tendances et de réaliser enfin le paradoxe de la grande paix humaine, comme vos pères ont réalisé le paradoxe de la grande liberté républicaine. Œuvre difficile, mais non plus œuvre impossible. Apaisement des préjugés et des haines, alliances et fédérations toujours plus vastes, conventions internationales d'ordre économique et social, arbitrage international et désarmement simultané, union des hommes dans le travail et dans la lumière : ce sera, jeunes gens, le plus haut effort et la plus haute gloire de la génération qui se lève.

        Non, je ne vous propose pas un rêve décevant ; je ne vous propose pas non plus un rêve affaiblissant. Que nul de vous ne croie que dans la période encore difficile et incertaine qui précédera l'accord définitif des nations, nous voulons remettre au hasard de nos espérances la moindre parcelle de la sécurité, de la dignité, de la fierté de la France. Contre toute menace et toute humiliation, il faudrait la défendre ; elle est deux fois sacrée pour nous, parce qu'elle est la France, et parce qu'elle est humaine.

        Même l'accord des nations dans la paix définitive n'effacera pas les patries, qui garderont leur profonde originalité historique, leur fonction propre dans l'œuvre commune de l'humanité réconciliée. Et si nous ne voulons pas attendre, pour fermer le livre de la guerre, que la force ait redressé toutes les iniquités commises par la force, si nous ne concevons pas les réparations comme des revanches, nous savons bien que l'Europe, pénétrée enfin de la vertu de la démocratie et de l'esprit de paix, saura trouver les formules de conciliation qui libéreront tous les vaincus des servitudes et des douleurs qui s'attachent à la conquête.  

Mais d'abord, mais avant tout, il faut rompre le cercle de fatalité, le cercle de fer, le cercle de haine où les revendications même justes provoquent des représailles qui se flattent de l'être, où la guerre tourne après la guerre en un mouvement sans issue et sans fin, où le droit et la violence, sous la même livrée sanglante, ne se discernent presque plus l'un de l'autre, et où l'humanité déchirée pleure de la victoire de la justice presque autant que de sa défaite."

Jean Jaurès
discours prononcé en juillet 1903 au lycée d'Albi.

06 novembre 2020

Mnouchkine: Pour les enfants

 

Ariane Mnouchkine - Théâtre du Soleil.
 
"Il faut fuir l’incrédulité ricanante, enflée de sa propre importance, fuir les triomphants prophètes de l’échec inévitable, fuir les pleureurs et vestales d’un passé avorté à jamais et barrant tout futur.
 
Et surtout, surtout, disons à nos enfants qu’ils arrivent sur terre quasiment au début d’une histoire et non pas à sa fin désenchantée. Ils en sont encore aux tout premiers chapitres d’une longue et fabuleuse épopée dont ils seront, non pas les rouages muets, mais au contraire, les inévitables auteurs.
 
Il faut qu’ils sachent que, ô merveille, ils ont une œuvre, faite de mille œuvres, à accomplir, ensemble, avec leurs enfants et les enfants de leurs enfants.
 
Disons-le, haut et fort, car, beaucoup d’entre eux ont entendu le contraire, et je crois, moi, que cela les désespère.
 
Quel plus riche héritage pouvons-nous léguer à nos enfants que la joie de savoir que la genèse n’est pas encore terminée et qu’elle leur appartient."
 
16 nov 2014
 

05 novembre 2020

Oui pour tout, oui pour toujours

Voici ce texte de Victor Hugo 
qui figure dans son livre  "William Shakespeare"
publié en 1864.

Il s'agit de la 3ème partie, livre II - Le XIX° siècle.
L'ouvrage est disponible dans son intégralité 
sur wikisource en suivant ce lien.
Ce sont les paragraphes 518-520.



La Révolution, c’est la France sublimée

Il s’est trouvé qu’un jour la France a été dans la fournaise
Des fournaises de certaines martyres guerrières font pousser des ailes
et de ces flammes cette grande géante est sortie archange
Aujourd’hui pour toute la terre la France s’appelle Révolution
Et désormais ce mot Révolution sera le nom de la Civilisation
jusqu’à ce qu’il soit remplacé par le mot Harmonie

Oui ! Tous et toutes autant que nous sommes, grands et petits
Puissants et méconnus illustres et obscurs
Dans toutes nos œuvres bonnes ou mauvaises
Quelles qu’elles soient
Poèmes Drames Romans Histoires Philosophies,
A la Tribune des Assemblées
Comme devant les foules du théâtre
Comme dans le recueillement des solitudes

Oui pour tout ! Oui pour toujours
Oui pour réhabiliter les lapidées, et les accablés
Oui pour conclure logiquement et marcher droit
Oui pour consoler
Oui pour secourir, pour relever, pour encourager, pour enseigner
Oui pour panser en attendant qu’on guérisse

Oui pour transformer la Charité en Fraternité
La fainéantise en travail
L’oisiveté en utilité
L’iniquité en justice
La populace en peuple
La canaille en nation
Les nations en humanités
La guerre en amour
Les préjugés en examens
Les frontières en soudures
Les limites en ouvertures
Les ornières en rails
L’instinct du mal en volonté du bien
La vie en droit, les rois en hommes

Oui pour ôter des religions, toutes les religions, l’enfer et des sociétés le bagne
Oui ! Pour être frère et sœurs du misérable, du cerf (esclave aux champs) du fellah (esclave en Afrique du Nord) du prolétaire (esclave au travail) , du déshérité, de l’exploité, du trahi, du vaincu, du vendu, du sacrifié, de la prostituée, du forçat, de l’ignorant, du sauvage, du nègre, du condamné et du damné

Oui ! Oui nous sommes tes fils !