Le capitalisme n’est pas un sujet.
Ainsi n’est-il ni moral, ni immoral, mais a-moral.
Il fonctionne à l’intérêt et à l’égoïsme. C’est
pourquoi il est si efficace.
Ne produisant pas une société humainement acceptable,
il ne suffit pas.
Il rend nécessaire la politique
qui tente tant bien que mal à équilibrer
entre efficacité et insatisfaction
29 mars 2022
Le capitalisme
23 mars 2022
Nous serons toujours des sans-papiers
Dix (à douze) générations avant nous, nos déca-aïeuls n’avaient de patronyme dans aucun document officiel. Ce n’est en effet qu’au XVI° siècle sous le règne de François 1° que le besoin se fit sentir de fixer des identités singulières.
Nos aïeux se virent nommés, prénommés, consignés dans l’état "civil" – façon de parler puisqu’il il était assuré par le système ecclésiastique.
Le besoin de personnaliser les hommes d’une manière qui braverait le temps remonte aux pré-débuts de l’ère moderne.
Les femmes quant à elles n’avaient pour toute importance que de donner des fils aux hommes. Mais par nécessité de repérage, il a bien fallu tenir compte d’elles, puisqu’elles étaient forcément, elles aussi, filles d’un père.
De papiers en registres, des cartes aux formulaires, aux certificats, ce système d’individualisation repérable évolua vers des fiches, des cartes perforées puis ce ce fut le tour des numéros d’INSEE à treize chiffres, des empreintes digitales, la numérisation généralisée avec identifiant, mot de passe, fichage ADN, reconnaissance faciale, oculaire.
Avec la dématérialisation du tout numérique, le papier disparu et nous voilà redevenus une nouvelle fois sans-papiers.
Classés, repérés, identifiés, moins nous sommes connus plus nous voici dépersonnalisés immergés dans l’anonymat collectif.
Victimes du même mécanisme, nos anciens interlocuteurs en chair et en os cédèrent leur place à des répondeurs programmés et à des robots à langage numérique.
Dix générations plus tard leurs descendants sont à leur tour sans-papiers et leur seule trace est celle d'un numéro abstrait.
Nulle part un homme seul ne tient les leviers de commande.
Nulle part quelqu’un peut répondre à quelqu’un qui lui demande des comptes.
Seuls quelques composants électroniques à « l’intelligence » artificielle répètent en boucle
" Je suis programmé pour répondre à une personne
A partir de 'La Transhumance' par Marc Oraison
Le seul animal qui ne puisse rien faire sans payer
Lisant l'autre jour un de ces contes brefs qu'Alphonse Allais égrenait au début du siècle dernier, je suis tombé sur un passage bouleversant. Bien plus que les philosophes, les humoristes, quand on sait les lire, vous atteignent à l'essentiel.
C'est une discussion entre le duc Honneau de la Lunerie et son ami Laflamme.
« La civilisation, s'écrie ce dernier, qu'est-ce que c'est, sinon la caserne, le bureau, l'usine, les apéritifs et les garçons de banque?... L'homme est si peu le roi de la Nature qu'il est le seul des animaux qui ne puisse rien faire sans payer. Les bêtes mangent à l'oeil, boivent à l'ail, aiment à l'oeil...
«... Avez-vous jamais vu un daim se ruiner pour une biche ? Le cochon le plus dévoyé ne peut-il pas se livrer à toutes ses cochonneries, sans qu'un de ses confrères, déguisé en sergent de ville ou en huissier, ne vienne lui présenter un mandat d'arrêt ou un billet à ordre ? Dites-le-moi franchement, qui de vous peut se vanter d'avoir assisté au spectacle d'une sarigue tirant un sou de sa poche ?
C'est par réfléchir d'abord là-dessus que sociologues, économistes, philosophes (et éventuellement théologiens) devraient commencer. La civilisation, c'est l'artifice d'une organisation que l'on est bien obligé d'inventer, dès que l'on a ce supplément de cerveau qui vous déphase par rapport à « la Nature ». Et c'est, fatalement, la lutte, les brimades, l'argent, le gendarme...
Sous quelque forme que ce soit.
Tant que l'organisation est, grosso modo, positive pour le plus grand nombre, tout le monde en supporte — ou en méconnaît - les inconvénients.
Mais vient un jour où l'on se rend compte, obscurément, que la proportion s'est lentement renversée. Et l'on ne sait plus quoi faire.
18 mars 2022
Ça coûte cher une planète?
En mars 2009 l'astrophysicien américain Greg Laughlin a publié un système d'équations destiné à mettre un prix sur les exoplanètes telluriques découvertes par la mission Kepler (des planètes non gazeuses situées en dehors de notre système solaire).
Son équation permet d'évaluer n'importe quelle planète y compris la nôtre, dans une optique à la fois cosmique et commerciale.
La cotation de la terre est estimée 4,5 millions de milliards € (5 millions de milliards de $) ce qui représente l'équivalent de cent fois l'addition des PIB de tous les États du monde. Mars vaudrait 12.500€ puisqu'on ne pourrait pas y survivre plus de 5 secondes, tandis que l'exoplanète Gliese 581c, réputée pour être la plus proche physiquement de la Terre est évaluée à 150 €.
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