31 mars 2020

Ne parjurent que ceux qui n'ont pas d'enfants

Israéliens-Palestiniens, une guerre de cent ans:
D'un côté, La Thora
"Lo Tirtsa'h" - "Tu ne tueras pas" אתה לא תהרוג
De l'autre, Le Coran Al-Isrâ  sourate 17 verset 33  
"Ne tuez point la vie qu'Allah a rendu sacrée."
"Si vous tuez une seule âme, c'est comme si vous aviez tué l'humanité entière."

Ne parjurent que ceux qui n'ont pas d'enfants


    Non! Vous n'avez pas d'enfants.
    Si vous aviez des enfants,
    Si, dans vos corps, respiraient les vies des petites créatures,
    Vous n'auriez pas ces cœurs de cuir
    Et ces yeux vides de toute humidité. 

    Un jour, à l'idée de voir mourir
    L'enfant qui habite votre chair
    Vous auriez plié sous le féroce vent du deuil.

    Un gémissement s'échappe de la poitrine cassée
    Seulement à l'idée, à la crainte de l'horreur !

    Qu'est-ce qu'un Parent survivant?
    Un tronçon sanglant, un corps éventré,
    Des seins coupés, une âme aux bras tranchés.

    Non, Vous n'avez pas d'enfants.
    C'est pour cela que rien n'émeut jamais
    Le dur de votre dureté.

    Moi, je vous demandais seulement une pensée, un soupir,
    Je vous en supplie, ne tournez plus vers moi
    Ces masques de plâtre, faites-moi un signe,
    Ne dites même pas le mot, seulement un regard
    Et nous nous retrouverons, vous et moi, tristement,
    Mais ensemble, du même côté de l'humanité !


La Ville parjure ou le Réveil des Érinyes
Hélène Cixous. Théâtre du Soleil. p126

08 mars 2020

La Promesse de l'aube

Hagondange 

07 mars 2020

Écrire sur les murs de la vie


  


Les livres sont des portes
que les écrivains dessinent sur les murs de la vie.
Le miracle c'est qu'elles s'ouvrent.
Avec cette impudeur tranquille 
sans laquelle il n'y aurait plus de littérature. (1)











(1)Patrick Besson. "Avons-nous lu ? Précis incendiaire de littérature contemporaine

06 mars 2020

L'impartial ne peut pas tuer



Assimiler un individu à une seule de ses caractéristiques:
  • un noir,
  • un arabe,
  • une blonde,
  • un violeur,
  • un assassin...
consiste à prendre une partie pour le tout.

C'est être partial.

Le magistrat lui, n'est pas partial car il tire sa légitimité de la loi qui l’a voulu impartial.

Ceci lui interdit de mettre un signe 'égal' entre un individu et un de ses comportements, fût il terrifiant.

Et en particulier, cela lui interdit de prononcer une peine de mort condamnant un individu dans sa totalité au lieu de s'en tenir à la juste sanction de son comportement délictueux.

Certes l'assassin n'a pas eu cette clairvoyance en tuant sa victime, mais il est nullement nécessaire de l'imiter, ce qui reviendrait à manifester la solidarité de la justice avec la déviance du coupable. En faisant comme lui, il s'agirait d'une vengeance.

Le premier enfant né de l'accouplement d'une femme et d'un homme, fut Caïn.
Que fit-il? il tua son frère.
"Avec le rat, l'homme est le seul animal qui pratique l'assassinat au sein de son espèce." explique Michel Serres avant de lancer cette formule saisissante:
"L'homme est un rat pour l'homme"

L'abolition de la peine de mort est pour chaque pays qui le décide, un très grand moment d'humanité.



04 mars 2020

Penser, une entreprise très dangereuse.

La liberté ne repose que sur la conviction que chaque être humain, en tant qu'être pensant, peut réfléchir aussi bien que moi et peut former son propre jugement s'il le veut.

Ce que je ne sais pas, c'est comment naît en lui ce désir de réfléchir.

Cela signifie de toujours penser de manière critique.
Penser de manière critique cela signifie que chaque pensée sape ce qu'il y a en fait de règles rigides et de convictions générales.


Tout ce qui se passe lorsqu'on pense est soumis à un examen critique,
c'est à dire qu'il n'existe pas de pensée dangereuse
pour la simple raison que le simple fait de penser 

est en lui même une entreprise très dangereuse.

Mais ne pas penser est encore plus dangereux

Hannah Arendt (Interview à New York 1973) 
dans le cadre de l'émission 'Un Certain Regard'



03 mars 2020

Le couinement de la douche.


Je ne l’avais pas aperçu tout de suite. 

Pus tard, j’avais cru entendre un petit bruissement d’herbes sèches dans la zone ombragée des quelques arbres de la mission. La luminosité était tellement aveuglante que je distinguais difficilement ce que je pris pour un chien, probablement abruti par la chaleur du soleil au zénith.  

À nouveau je perçus le même bruissement et dirigeant mon regard dans cette direction, je compris cette fois en le voyant se lever, qu’il s’agissait d’un vieil homme, vaguement vêtu d’un pantalon d’un autre âge et d’un tee-shirt qui avait du être propre il y a bien longtemps..  

Passant à quelques pas de moi, il m’adressa un geste de salutation ainsi que quelques mots que je ne compris pas. Je lui répondis par un salut que je voulus amical, un peu gêné toutefois de l’avoir confondu avec quelque animal.  

Avec une infinie lenteur, il se dirigea vers une large roue métallique à rayons, empoigna la poignée d'une grande manivelle et entrepris de la faire tourner pendant quelques minutes. Cela ne semblait pas si facile et je le voyais peiner, tout ceci s’accompagnant d’un grincement de métal rouillé, d’un couinement très caractéristique.  

Puis avec nonchalance, il se dirigea vers l'ombre qu'il avait quittée, se coucha sur le côté et poursuivit sa sieste.  

Le lendemain j’ai goûté aux joies de la douche, douche tiède - en plein Sahel - un véritable luxe. Je ne m’attendais pas à trouver ce type de commodités dans cet endroit désertique et comme j’interrogeais nos hôtes sur le mécanisme utilisé, ceux ci m’expliquèrent que l’eau descend d’une cuve installée sur le toit, que l’eau provient d’un puits et qu’on la fait monter dans la cuve grâce à la roue manivelle qui se trouve près du puits.  

Dès le lendemain, après avoir pris ma douche, j’entrepris de tourner la manivelle quand le vieux monsieur surgit précipitamment de nulle part. Il m’écarta délicatement mais fermement et saisit à son tour la manivelle m’expliquant dans un langage gestuel qu’il s’agissait là de son emploi, que c’est grâce à cela qu’il gagnait sa vie et que ce serait bien si je ne lui prenais pas son travail.  Je m’habituais ainsi les jours suivants à faire descendre quelques litres d’eau de la cuve avant d'observer ce vieil homme se fatiguer à remplir à nouveau la cuve dans un couinement de ferraille mal huilée. J’appris à respecter son gagne pain.  


Trente cinq années ont passé. 
Je continue à économiser l’eau, évitant de laisser couler le robinet inutilement pendant que je me brosse les dents ou que je me savonne. 

Et chaque fois 
– chaque fois – 
que je prends ma douche, 
j’entends ce couinement 
qui me rappelle toutes celles et tous ceux qui œuvrent chaque jour 
afin que du pommeau de nos douches, 
l’eau puisse 
« naturellement » 
couler. 



02 mars 2020

Le sens commun et les prétendument sachants.


Que pensez vous de l’idée de « Parlement des choses » où siègeraient des représentants de la forêt amazonienne, des grands lacs, des océans, de la faune, de la flore, des sols, des rochers, de l’oxygène… ?
 
Après un silence, elle acquiesce regrettant toutefois cette idée de « Parlement » en tant que haut lieu de conflits entre arguments d’où finissent par sortir un gagnant et des perdants.
Elle lui préfèrerait l’idée de Palabre, ce débat coutumier qui réunit, souvent à l'ombre d'un grand arbre, des habitants se sentant concernés par un problème. Chacun à son tour s’exprime à sa façon, donne son point de vue tel qu'il le ressent, avec ses mots. Tous l’écoutent, personne ne critique, tous se laissent affecter par ce qu’il dit.
On prend le temps. 
D’autres tours sont possibles, le but n’étant pas de que le problème soit résolu mais que s’instaure un terreau d'idées, constitué de tous les apports faisant rhizome. Chacun s’en ira plus riche qu’avant, satisfait de cet échange respectueux de chacun. Pas de gagnants, pas de perdants, tous transformés.
Perte de temps diront les professionnels de la critique. Passant sous silence l’inertie de la Cop21, ils continueront à se faire gloire de disqualifier le sens commun et à le convaincre de s’en remettre à l’autorité de ceux qui prétendent savoir.
Pendant ce temps, les palabreurs continueront à s’émerveiller de la myriade de points de vue tandis qu’au cœur du terreau germera tranquillement une certaine saisie de l’immensité des choses de cette terre.


Elle, c’est Isabelle Stengers, une septuagénaire belge géniale, qui vient de publier « Réactiver le sens commun ».

L'arbre à palabres




01 mars 2020

J'aime, je déteste

Je déteste les mots ‘deal’ ou ‘chalenge’ que l'on utilise en lieu et place du mot ‘défi’. Je n'aime pas les mots ‘openspace’, ‘brunch’ et plus généralement, j'exècre l'impérialisme de la langue anglaise.

J'aime bien le nom de l'île de Molène. J'aimerais bien qu'on m'écrive à cette adresse.

Je déteste qu'on avance "pour votre sécurité" alors que le dessein réel est d'imposer une contrainte supplémentaire.

J'adore les petits matins doux, secs, ensoleillés au début du printemps.

Je déteste les acronymes, les sigles. IVG signifie insuffisance ventriculaire gauche ou interruption volontaire de grossesse, ENEORSSA signifie École nationale des élèves officiers de réserve du service de santé des armées; le sigle était tellement long qu'il tenait à peine sur les étiquettes de la cuvée spéciale du vin le plus exécrable qu'il m'ait été donné de recracher.

J'adore les oranges. Je ne me lasserai jamais de remercier la mystérieuse évolution qui les a faites apparaître.

Je déteste les jeux de mots approximatifs sur les enseignes de magasins: « diminu-tif » ou « Metzanine ».

J'adore la boisson au gingembre que l'on boit à l'entracte des pièces du Théâtre du soleil.

Je n'aime pas l'arrogance de la droite française et celle de la gauche lorsqu’elle se comporte comme la droite.

Je ne me lasse pas d'écouter "Champagne" de Jacques Higelin.

J'abhorre le téléphone. (mais j'aimais bien le groupe "Téléphone")

J'adore le site "désordre.net" et le livre "La maison des feuilles" .
Philippe de Jonckerres et Mark Z. Danielewski sont des petits génies.

Je serai éternellement reconnaissant à Yourcenar pour avoir écrit "L'oeuvre au noir", à Albert Camus pour avoir écrit "La Peste" et à Georges Perec pour avoir fabriqué "La vie mode d'emploi".

Je déteste le bruit que fait le papier cellophane que l'on froisse.

J'aime le lendemain du solstice d'hiver, lorsqu'on dit à nouveau: "on va vers les beaux jours"

Je déteste tous les comportements qui procèdent du "moi d'abord".

Je n’aime pas les mots: pouvoir, autorité, commander, hiérarchie, évaluer. J’ai adoré qu’ayant refusé d’exercer toute forme d’autorité lorsque j’étais aspirant, on ait nommé un adjudant pour le faire à ma place.

J'aime les mots: partager, échanger, ensemble, convivialité, équité, collectif.