18 mai 2020

Les irremplaçables

Prendre conscience que nous sommes individus?
- moui...
que nous sommes sujets?
- mouai...,
des citoyens?
- oui certes...
irremplaçables ?
- Ah ouiiii... excellent!

I-rrem-pla-çables.


et qu'ainsi chaque fois qu'un de nous s'oppose à ce qu'on le considère comme un interchangeable, un remplaçable, une chose quoi, chaque fois qu'un de nous s'oppose à ce fatalisme, il contribue un peu plus à la vie démocratique.

La psychanalyse, cela ne sert pas à être heureux

«La psychanalyse, disait Freud, cela ne sert pas à être heureux; cela sert à passer d'une souffrance névrotique à un malheur banal.» 

Il faudrait tout ignorer de la souffrance névrotique pour ne pas voir le considérable progrès que constitue le passage d'une «souffrance névrotique» à un «malheur banal».


Mais la vraie question, c'est bien sûr: une fois qu'on est dans le malheur banal (donc, en gros, une fois qu'on est guéri), qu'est-ce qu'on fait? 


La réponse est bien claire: on fait de la philosophie!
Bref, la philosophie commence là où la thérapie s'arrête.
Quand on n'est plus prisonnier de sa névrose ou de son inconscient,
quand on est en état de prendre sa vie en main,
on peut enfin essayer d'être heureux!



André Comte- Sponville



13 mai 2020

Aider à connaître et à supporter la condition humaine



Une épidémie telle que la peste a ceci de commun avec le théâtre qu'elle pousse les humains à se voir tels qu'ils sont : "Elle fait tomber le masque". 
Antonin Artaud dans "Le théâtre et son double"
 

Quand je vous parle de la société, je vous parle de théâtre ! 
C’est ça le théâtre ! 
Regarder, écouter, deviner ce qui n’est jamais dit. 
Révéler les dieux et les démons qui se cachent au fond de nos âmes. 

Ensuite, transformer, 
pour que la Beauté transfigurante nous aide à connaître et à supporter la condition humaine. 
Supporter ne veut pas dire subir ni se résigner. 
C’est aussi ça le théâtre !
Ariane Mnouchkine 9 mai 2020

06 mai 2020

Ils ne savaient pas

 « Ils ne savaient pas que c'était impossible,
alors ils l'ont fait »

05 mai 2020

De l'inutilité de l'utile

Exemple ?
"Courir le soir ou le week-end est une manière d'exprimer sa liberté, de retrouver des sensations corporelles qui demeurent inaccessibles lorsque le corps était assis devant un écran;
dès lors, est-il bien utile –et même n'est il pas totalement inutile– de ce barder de toutes sortes de capteurs qui vont mesurer votre vitesse, votre rythme cardiaque, votre consommation de calories, votre nombre de pas, faisant de votre corps un objet cerné de nombres est ainsi traité comme s'il était extérieur à vous-même ?"

Relire ceci...
"L'homme moderne, universel, c'est l'homme pressé, il n'a pas le temps, il est prisonnier de la nécessité, il ne comprend pas qu'une chose puisse ne pas être utile ;  il ne comprend pas non plus que, dans le fond, c'est l'utile qui peut être un poids inutile, accablant. Si on ne comprend pas l'utilité de l'inutile, l'inutilité de l'utile, on ne comprend pas l'art; et un pays où on ne comprend pas l'art est un pays d'esclave ou de robots, un pays de gens malheureux, de gens qui ne rient pas ni ne sourient pas, un pays sans esprit (...)"  

et ceci:
"L'art est le plus court chemin d'un homme à un autre, et il n'est pas d'éducation plus révolutionnaire que d'enseigner à un enfant que le monde n'est pas une réalité donnée, toute faite, mais une œuvre à créer.

La politique au sens noble, celle qui nous donne conscience que chacun de nous est responsable du destin de tous les autres, ne nous enferme pas dans ce dilemme: individualisme de jungle ou totalitarisme de termitière."



- Le premier extrait est d'Etienne KLEIN dans "Sauvons le progrès" dialogue avec Denis LAFAY 2017
- Le deuxième d'Eugène IONESCO, Notes et contre-notes, Paris, Gallimard, 1970.
- Le troisième de Roger GARAUDY, "L'avenir, mode d'emploi", § "Trajectoires d'un siècle et d'une vie" 1998


04 mai 2020

À quoi pense un homme de 88 ans?

Le silence n'est pas le vide, il n'est pas le néant. Il est actif. Il accompagne ma présence aux autres personnes, mon inquiétude devant l'évolution du monde, mon désir d'être solidaire et généreux. Ce silence est celui du chemin de ma vie, à reprendre chaque jour, semé d'habitudes, de rencontres, de choix. Un silence fertile.

Ce silence est attente. Il est disponible à l'imprévu, aux étonnements. Il est aussi visité parfois par la peur de la souffrance. Il est habité par l'horizon du dernier jour ou de la dernière nuit. Silence vers un silence plus silencieux peut-être encore.

Le brouillard recouvre l'abîme mais une étrange paix fleurit parfois en ce « Je » - moi - qui connut le sommeil si souvent, des anesthésies quelquefois. Reviendra-t-il à la surface, à quelle surface ?

Ce silence interroge. Quelquefois le sourire d'un enfant au berceau, un geste d'affection, les grands arbres nés d'une graine minuscule, semblent lui répondre... silencieusement.

Gérard Bessière. Cahier de brouillon.