26 septembre 2020

Le Testament amoureux

C'est en Terminale que j'ai lu « Mille aujourd'hui » de Serge Rezvani.

L'écriture mêlait trois histoires, celle de l'actualité, celle d'un auteur en train d'écrire un roman et celle de Rezvani, Cyrus dans le livre, et sa muse Lula (Danièle Rezvani). Ce couple, qui avait fait le choix de quitter la ville pour s'installer dans les Maures au cœur d'une pinède méditerranéenne pour y vivre de leur plume, de leurs pinceaux, d'eau fraîche et d'amour, ce couple m'avait fait longuement rêver.
Trois ans seulement s'étaient écoulés depuis 1968.

Longtemps après j'ai appris que de nombreux lecteurs et lectrices s’étaient identifiés à ce couple et avaient débarqué chez eux à l’impromptu, rompant plusieurs fois par semaine la quiétude de leur isolement choisi. Ces visites imposées se sont encore accentuées lorsqu’Yves Simon a sorti trois ans plus tard sa chanson « Mille aujourd'hui » en référence à ce livre. Nous étions en 1975, j'avais alors vingt ans, le chanteur dix de plus et les Rezvani, quarante cinq et quarante sept ans.

« Lorsque par exemple nous entendions à la radio passer et repasser la chanson « Mille aujourd’hui » d’ Yves Simon 
 Dans cette ville qui s'appelle aujourd'hui    
Je trimbale un bouquin de Rezvani
bien qu’émus et reconnaissants de ce clin d’œil, nous nous sentions rougir d'un malaise incompréhensible. Je n'avais pas écrit cela. Comment lui dire ?Je ne voulais pas devenir père, voilà la vérité ! En aimant ce livre est en voulant à travers lui établir un rapport avec le nous (Lula et Cyrus) de ce livre,  ils (mes lecteurs) nous ramenaient au temps  dont nous étions évadés, il nous ramenaient à notre génération (celle de leurs parents) que depuis des années nous avions désertée, il nous revendiquaient, nous devenions, leurs, ils attendaient de nous un devoir. On imagine ma panique. Nous qui ne voulions pas perdre notre état d’enfance, nous voilà soudain à quarante ans avec des lecteurs de vingt qui nous dévorent de leurs doux yeux inquiets, chargés des orages noirs de la non-violence. De tous côtés c'est le malentendu, et il me semble que plus j'écris plus je creuse de ce malentendu. Les mots m'échappent. Ils sont indépendants de moi. Mon pèse-lettre est déréglé. Je n'ai plus qu'une idée : écrire un livre en réponse au précédent. Plus qu'une obsession, couper le courant, tarir la procession des lecteurs, leur dire que je ne suis pas celui qu'il croient ; reprendre la distance, refermer sur nous le cercle du vallon où seuls seraient admis les amis, ceux qu'une lente et régulière pratique a su ouvrir à l’épanchement et au plaisir de se voir pour rien, pour être bien ensemble. »

L'année suivante, je me préparais au concours de première année et trouvais quelques rares instants pour m'évader dans la lecture de « Bambois, la vie verte. » C'était l'histoire d'un jeune couple Claudie et Francis Hunzinger qui avait choisi de s'installer dans une bergerie des Hautes Vosges et d'y vivre de l'élevage des brebis et de tissage. Rêveries à nouveau. J’ignorais qu’une génération de jeunes s’était cette fois encore, identifiée à cette histoire.

Quarante ans plus tard, je lis le dernier livre de Claudie Hunzinger. Elle a soixante douze ans, Francis un de plus.
« Puis le vent du soir a commencé à couler en torrent sur nous. On s’est ensemble, au lit, serrés. La fenêtre était ouverte, je m'en souviens. L'air de la montagne était inquiété par des craquements.   Nous avons parlé très tard de l’avenir. Lui me racontait des choses d'un avenir qu'il inventait. Et soudain, il a chuchoté : Je te demande pardon. Moi aussi, lui ai-je dit. On n'a pas pu faire mieux, a continué Sils. On était comme ça, pas doués pour la vie matérielle. Et tu sais, Jenny, je te remercie également, a continué Sils. Moi aussi, ai-je répondu. Et alors, comme pour éluder l’essentiel, nous nous sommes mis à parler de la société qui voulait qu'on s'en aille ici.  Et Sils a encore chuchoté que si les brigades vertes venaient nous déloger d'ici, on continuerait droit devant nous, sans regarder de côté. On se ferait une cabane moins grande, et tout à fait cachée, à trois montagnes d’ici. Il a tiré le drap sur nos têtes, et l'on était déjà dans un petit asile neigeux. »

L'an passé, Claudie Hunzinger est venue présenter « La langue des oiseaux » à la Cour des grands" à Metz. Elle a le regard un peu triste mais reste une enthousiaste passionnée.
Elle avait écrit l'histoire de sa mère en 2010  sous le titre « Elle vivaient d’espoir ». Un merveilleux texte, qui raconte l'émancipation de deux femmes, Emma et Thérèse, qui tentent de construire ensemble, dans les années 30, une vie à la fois amoureuse est engagée, parallèlement à la montée des utopies du nazisme. Un homme et la guerre vont les séparer. Leur histoire personnelle rejoint alors la grande Histoire et l'horrible beauté des tragédies.
Robin, le fils de Claudie et Francis a réalisé un film de cette histoire. J'aime le lire sur Facebook.

En  août 1999, il y a eu cette fameuse éclipse. Nous nous étions équipés de lunettes protectrices, mais le ciel breton était tellement nuageux que nous n'avons rien vu, tout au  plus avons-nous ressenti un grand froid soudain.
Au même instant le couple Rezvani sortait d'une consultation de neuro-psychiatrie où leur avait été signifié que Danièle était atteinte d'une maladie d’Alzheimer avancée. Elle approchait de soixante dix ans. Quatre années plus tard Serge a publié un livre intitulé « L’éclipse » qui est à mes yeux le texte le plus fantastique qu’il m’ait été donné de lire sur l’accompagnement de la femme de sa vie dont l’esprit déserte un corps laissé à un irrémédiable abandon.

"Comment pourrais-je être vivant encore si elle n'est plus là? (...)
Que même le peu qui lui reste encore de la sensation d'être elle,
de me savoir moi près d'elle,
tant qu'elle reconnaît ce qui l'entoure,
tant que se prolonge la sensation d'être en vie,
tout plutôt que de disparaître tout à fait !...
Qu'il y ait vie ! Vie !...
Bien que me revient obsessionnellement la phrase d'une violence insoutenable de la neuro-psychiatre parisienne
me prévenant qu'un jour mon amour serait "une morte sans cadavre"...
J’ai lu ce livre à sa sortie, je l’ai longuement médité lorsque ma mère nous a lentement quittés en empruntant les mêmes sentiers.

Voici deux ans, profitant d'un long moment de congés à l'autre bout du monde, j'ai lu « Le testament amoureux de Rezvani », gros livre de cinq à six cents pages qui est en fait la biographie de leur couple amoureux.
Je découvrais ce qu'ils avaient vécu avant « Mille aujourd’hui » puis jusqu'à « l’Eclipse ».

Et j'ai trouvé soudain que tout cela avait passé bien vite.

Je réalisais soudain que Danièle avait commencé sa maladie précisément à l’âge que nous avions et un étrange sentiment de temps perdu s'installa en moi.
Danièle et Serge ont vécu plus de cinquante ans côte à côte, à quelques mètres l'un de l'autre. J'ai passé au minimum soixante heures par semaine loin des miens, et lorsque j'étais à leurs côtés, il arrivait volontiers qu’une partie de moi même ne fût pas tout à fait présente, enferré en pensée dans quelque ressac d'un métier insatiable.

En lisant ce « Testament amoureux »,  un sentiment d'urgence a progressivement envahi toute ma conscience jusqu’apparaisse enfin, dans son évidence simplicité, la certitude que rien ne justifie que l'on sacrifie autant ceux que l'on aime au nom de quelque profession que ce soit.

rien ne justifie… soyez ma muse
et que ne durent que les moments doux

durent que les moments doux
 

Osez Joséphine. Alain Bashung

Tableau réalisé par Danièle Rezvani (Lula)

23 septembre 2020

Tu ne mentiras pas. Vraiment?

"Fais bien attention à une chose, mon enfant !

L'immoralité du mensonge ne tient pas à ce qu'on porte atteinte à la sacro-sainte vérité.

Une société comme la nôtre est bien mal placée pour se réclamer de la vérité, puisque aussi bien elle ne pousse ses membres obligés à dire ce qu'ils ont à dire que pour les prendre au piège d'autant plus sûrement.
 

La fausseté (Unwahrheit) généralisée n'a pas lieu d'exiger des vérités particulières, alors qu'elle les change immédiatement en leur contraire.
 

Et pourtant, il y a dans le mensonge quelque chose d'odieux, dont faisait prendre conscience le châtiment du fouet qu'on infligeait autrefois, mais qui en même temps nous apprend quelque chose sur les gardes-chiourmes de cette société. L'erreur, c'est une franchise excessive.

Celui qui ment a honte, car chaque mensonge lui fait éprouver tout ce qu'il y a d'indigne dans l'ordre d'un monde qui le contraint au mensonge pour survivre et lui chante en même temps la vieille chanson : " À la fidélité et à la probité, décideras bien de ne manquer jamais... " Cette pudeur affaiblit les mensonges de ceux qui ont une sensibilité délicate. Ils s'en tirent mal ; et c'est alors seulement que le mensonge devient proprement quelque chose d'immoral par rapport à autrui. C'est en effet le prendre pour un imbécile et lui témoigner son dédain. Au sein des pratiques éhontées de notre temps, le mensonge a perdu depuis longtemps sa fonction bien claire de nous tromper sur la réalité.

Personne ne croit plus personne, tout le monde sait à quoi s'en tenir. On ne ment à autrui que pour lui signifier le peu d'intérêt qu'on lui porte, pour lui montrer qu'on n'a pas besoin de lui et qu'on se moque de ce qu'il peut bien penser. Le mensonge, qui pouvait autrefois apporter un certain libéralisme dans la communication, est devenu maintenant l'une des techniques de l'impudence, qu'utilise chaque individu pour répandre autour de lui la froideur dont il a besoin pour prospérer."







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Theodor W. Adorno (allemand, 1903-1969) philosophe juif chassé par le nazisme et réfugié aux États-Unis, membre de l’École de Francfort. Penseur antifasciste soucieux de réfléchir aux conditions d'une révolution sociale qui fasse l'économie de la violence.

extrait de Minima Moralia (1951), trad. E. Kaufholz, Payot & Rivages, 1993.

 

 


 

22 septembre 2020

Je connais une maîtresse d’école maternelle...

La morale, c’est bon pour les riches.
Je le dis sans rire. Une vie pauvre est serrée par les événements ; je n’y vois ni arbitraire, ni choix, ni délibération. Certaines vertus sont imposées ; d’autres sont impossibles.

Aussi je hais ces bons conseils que le bienfaiteur donne aux misérables.

Les plus modérés veulent que les pauvres soient bien lavés, parce que, disent-ils, l’eau ne coûte rien. Erreur ; l’eau coûte de la peine, et le savon coûte de l’argent. Il faut du temps aussi pour laver les mioches, et du temps pour laver les blouses et les culottes.

Il faut de l’ordre et de la prévoyance ; parbleu, oui : qui en doute ? Mais il en est de ces vertus comme des profits ; elles ne peuvent se greffer que sur un premier capital. Comment voulez-vous que la sagesse se soutienne quand elle se bat tous les jours avec des soucis qui renaissent tous les jours comme la tête de l’hydre ? La prévoyance sans sécurité, comprenez-vous cela ? Concevez-vous ce regard toujours porté sur un avenir noir ? Non ; c’est un cercle d’où l’on ne peut sortir ; insouciance nourrit misère ; misère nourrit insouciance.

Je connais une maîtresse d’école maternelle qui a sincèrement essayé d’enseigner un peu de morale à ses petits ;
mais les leçons lui rentraient dans la bouche.
« Quel plaisir, mes petits amis, d’avoir une maison propre et claire ! »
Mais elle rencontrait le regard d’un ou deux mioches qui n’avaient pour fenêtre qu’une tabatière, et qu’une mansarde étroite pour trois lits.
« On doit changer son linge de corps une fois par semaine. »
Hélas ! Elle savait bien que si on lavait la chemise de ce tout petit, elle s’en irait en charpie.
Les dangers de l’alcoolisme, autre chanson ; mais comme elle allait faire un portrait de l’ivrogne, elle s’apercevait qu’elle pensait au père de ces deux jumeaux, qui commençaient à rougir de honte.
Il y a des discours qui vous restent dans les dents.

Comment faire ? Ne point prêcher.
Laver ceux qui sont sales, si on peut.
Habiller ceux qui sont en guenilles, si on peut.
Pratiquer soi-même la justice et la bonté.
Ne pas faire rougir les enfants. Ne pas appuyer maladroitement sur leurs maux.
Ne pas flatter, sans le vouloir, ceux qui ont la bonne chance d’être proprement vêtus et d’avoir des parents sobres. 

Non, réellement, il vaut mieux parler d’autres choses, de ce qui est à tout le monde, du soleil, de la lune, des étoiles, des saisons, des nombres, du fleuve, de la montagne, de façon que celui qui n’a point de chaussettes se sente tout de même citoyen ; de façon que la maison d’école soit le temple de la Justice, et le seul lieu où les pauvres ne soient pas méprisés.

Gardons nos sermons pour les riches, et d’abord pour nous-mêmes.

Émile-Auguste Chartier 13 nov 1909

07 septembre 2020

Y croire sans forcément les croire

 Dans le livre « Conversations sur la folie » intitulé aussi « À quelle heure passe le train ? »(1) , Jean Oury, le psychiatre dont on dit "qu’il parlait aux fous comme s’ils ne l’étaient pas", raconte avoir lu dans un livre d’un théologien irlandais que Dieu n’EST pas, qu’il est « un possible », « un PEUT-Être ». Errer parmi les schizophrènes tout comme se poser la question de Dieu sont deux façons de s’exposer au possible. 

Marie Depusset, son interlocutrice dans ces conversations dit son étonnement d’entendre Oury affirmer:
« Quand un schizophrène me raconte son délire, j’y crois, j’y crois toujours. » 

Elle en vient ainsi à préciser la distinction entre « Y croire » et « LES croire ».
« Y croire », c’est croire que ce qu’ils racontent et à quoi eux croient comme aux voix qu’ils entendent, sont des symptômes dont le sens est codé et qu’il conviendra de les déchiffrer.
Ça ne préjuge en rien de la vérité ou du mensonge de ce qui a été dit et n’oblige en rien le psychiatre de « LES croire ».

Michel Serres dans « Pantopie » parle du mot EXister.
"iste" c'est la stabilité.
Ek, ex, c'est en dehors de l'équilibre.
C'est grâce à un infime écart à l'équilibre que les choses EKsistent.
Le monde des vivants existe.

 Quant à elle, l'idée de Dieu INsiste.
"In" à l'intérieur, la demeure de l'idée est l'INtime,
tant l'extime expose à l'impossible accord du monde.

Un "peut-être" qui "insiste",
des humains qui "y croient",
cherchant inlassablement à en décoder le sens.



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(1)" Ils sont assis sur les marches en pierre un peu sales du château, par toutes les saisons. Ils attendent. Tu dis que les psychotiques sont comme des colis en souffrance, oubliés dans une gare de campagne. Quand ton maître en psychiatrie, le catalan François Tosquelles, est venu à la clinique de La Borde, il a regardé les marches et il a posé une seule question : " à quelle heure passe le train ? "



03 septembre 2020

Aujourd'hui, on les appelle "les intermittents" .

 

suite de Boussole:  "Ne garder que l'indispensable, l'utile véritable, voyager léger"

 
"Il y a toujours eu du travail dans nos sociétés, toujours le besoin de l'utile.
Il y a toujours eu de la beauté dans nos sociétés, toujours le besoin de l'inutile.
Le conflit entre ces deux besoins a toujours eu lieu.
L'invention des troubadours aura été de déserter le camp de l'utile.
Leur travail? être amoureux, porter l'amour et le chant de château en château, de buisson en buisson, foutre le feu à la forêt de vivre.
Dans le chant des troubadours, ce n'était pas seulement la beauté d'une femme qui était recueillie, enflammée, transfigurée, c'était la vie entière.

Aujourd'hui il n'y a qu'un seul discours qui puisse rivaliser avec celui là, le discours de l'économie, gangrénant de ses métamorphoses tous les domaines de la vie. Entre ces deux langues, pas de compromis.
La lutte.
Une lutte à mort.
Soit l'argent, soit le chant.
Soit le monde, soit l'amour.
Quand un cadre de haute société tombe amoureux - et c'est le mal qu'on peut lui souhaite - il devient inutile pour sa société. Il perd en efficace, en morgue, en imbécillité. Il perd tout pour recevoir bien plus que tout.
C'est ce que j'aime chez les troubadours : une force d'insurrection, une source de vie immense, un goût indéracinable de l'éternel."

 

"Ne garder que l'indispensable, l'utile et l'inutile véritables, voyager léger."

 

 

 

 

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Réponse de Christian Bobin à Charles Juliet lors d'une conversation de 1995. "La merveille et l'obscur."

02 septembre 2020

Le premier venu est plus grand que nous.


"L’humain est ce qui va ainsi, tête nue, dans la recherche jamais interrompue de ce qui est plus grand que soi."
Suite de l'étonnement 
(Étonnement face à l'étranger perçu instinctivement comme hostile.)
dans le livre "L'homme qui marche " de Christian Bobin.
"Et le premier venu est plus grand que nous : 
c’est une des choses que dit cet homme. 
C’est l’unique chose qu’il cherche à faire entrer dans nos têtes lourdes. 
Le premier venu est plus grand que nous : 
il faut détacher chaque mot de cette phrase...

Voir l’autre dans sa noblesse de solitude, 
dans la beauté perdue de ses jours. 
Le regarder dans le mouvement de venir, 
dans la confiance à cette venue. 

C’est ce qu’il s’épuise à nous dire, l’homme qui marche : 
ne me regardez pas, moi. 
Regardez le premier venu 
et ça suffira, 
et ça devrait suffire.

Il va droit à la porte de l’humain. 
Il attend que cette porte s’ouvre.
...
Il s'adresse à tous de la même voix limpide
comme s'il n'y avait ni vertueux ni voyou
mais seulement à chaque fois,
deux vivants face à face, et la parole dans le milieu des deux,
qui va,
qui vient."





01 septembre 2020

Boussole

"Peu importe que le chemin soit long, dit Matthieu Ricard, il ne sert à rien de se fixer une date limite, l'essentiel étant de savoir que l'on va dans la bonne direction"

Mais comment savoir que l'on va dans la bonne direction?
En commençant peut-être par un regard en direction du chemin déjà parcouru, des obstacles franchis. Puis en imaginant la suite, en choisissant des repères, des re—pères, des hommes des femmes dont on admire leur façon d'être au monde, la justesse de leur pensée, les valeurs qu'ils incarnent.

Pas de date limite donc. Inutile après tous les obstacles franchis, d'en ajouter un nouveau au risque d'y buter. Date butoir. Obstacle qui au mieux nous retarde, au pire nous tue. L'anglais appelle la date limite une deadline.
Prendre soin du temps, ce bien précieux. 
Tuer le temps. Quel contresens.
Que faire de ce temps qui reste? (Wozzeck scène1)

"Le temps qui passe est un ami précieux qui nous dépouille du superflu" écrit Christian Bobin
 
L'essentiel, ce qui apparaît après avoir renoncé au superflu, à l'accessoire, au gaspillage. 
Gaspiller c'est à dire dépenser ou consommer inconsidérément.
Gaspillage comme synonyme de société de consommation
Gaspillage, pillage. La consonance du mépris envers les spoliés.
Ne garder que l'indispensable, l'utile véritable, voyager léger. 
Altruisme indirect envers les plus démunis.