21 juillet 2020

Dehors devant la porte, l'Autre


L’AUTRE : Tu ne te débarrasseras pas de moi. J'ai mille visages. Je suis la voix que chacun reconnaît. Je suis l'Autre, celui qui est toujours là. L'autre homme, celui qui répond. Celui qui rit quand tu pleures. Celui qui pousse de l’avant quand tu es fatigué, celui qui pousse en secret, celui qui dérange toujours. Je suis l'optimiste qui voit le bien chez les méchants et les lumières quand l'obscurité est bien noire. Je suis celui qui croit, qui rit, qui aime! Je suis celui qui continue à avancer même quand il faut boiter. Celui qui dit oui quand tu dis non, je suis celui qui dit toujours oui.


 
extrait de « Dehors devant la porte Une pièce qu'aucun théâtre ne voudra jouer
et que personne ne voudra voir »
de Wolfgang Borchert



L'auteur de cette pièce, Wolfgang Borchert, a été envoyé sur le front russe 1941. Il en revient blessé et passe la guerre entre l'hôpital, le front et la prison, pour automutilation et activité subversive. Cinq ans plus tard il écrit ce récit du retour d'un simple soldat qui rentre en Allemagne après avoir attendu 1000 nuit dans le froid et qui découvre la vie qui l'attend ressemble à un film hallucinant. Il doit se pincer, ne sachant pas s'il rêve. Son foyer n'existe plus, sa femme a pris un amant, ne le reconnaît plus et le jette à la rue. Il s'aperçoit alors qu'il y a des gens qui vivent la même chose que lui, qui reviennent chez eux sans pourtant rentrer car ils ne savent plus où aller. Chez eux, c'est dehors, devant la porte. Leur Allemagne, elle est là dehors, dans la rue. Voilà leur Allemagne!